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Sur les traces de …

Roman Haas, chauffeur de bus chez Auto AG Schwyz

Ses collègues surnomment Roman Haas, 39 ans, caissier de la SEV-VPT section Schwyz, «padre». Comme on le verra, ce n’est pas dénué de tout fondement.

Roman Haas passe me prendre à la gare de Brunnen un peu après 13 h, au début de sa seconde pause de deux heures. Il finira sa journée de travail à 17 h 55, après l’avoir commencée à 5 h 36. Au volant de son minibus Iveco Daily il fait deux fois le trajet montagneux et sinueux de Sisikon à Riemenstalden et retour, essentiellement pour acheminer des écoliers/écolières dans la vallée. Dans le minibus, il fait agréablement frais. Une douce musique chorale de Haydn crée une atmosphère paisible qui tranche agréablement avec le trafic de midi sous un soleil de plomb.

Quelques minutes plus tard, nous arrivons à Ibach, où se trouve le tout moderne garage d’Auto AG Schwyz (AAGS). De là, la vue porte sur les pâturages et, au-delà, sur les deux « Mythes », les montagnes qui dominent Schwyz. Les bornes de recharge pour les bus électriques Solaris ne manquent pas de surprendre le profane.

Devant un café, ce Lucernois de Meggen raconte alors l’histoire aventureuse de son existence fortement marquée par sa foi catholique. À l’âge de 12 ans, lors de la fête des ministrants qui se déroulait à Berne, il s’est juré devant le stand de la garde suisse de devenir un jour garde au Vatican. En attendant, il a fait un apprentissage de mécanicien sur camions puis, après avoir passé avec succès son examen final, a entrepris un pèlerinage d’Einsiedeln à Saint-Jacques-de- Compostelle, avalant 2 500 km en 120 jours, périple dont il est revenu « fit comme une chaussure de ballerine » pour effectuer son école de recrues. Il a ensuite travaillé comme mécanicien jusqu’en juin 2009, où il est effectivement entré dans la garde suisse. Lors de son assermentation en 2010, le pape Benoît XVI lui a demandé en lui serrant la main d’où il était originaire. « De Lucerne ? Je connais Lucerne », lui a répondu le Saint-Père. Roman retrouvera un tel instant de proximité avec le pape en 2013, lors de l’audience papale où il a pris congé de la Garde. Entre-temps, il a pu assister de tout près à la visite au Vatican de Barack Obama et d’autres chefs d’État, ce qui lui a permis de fréquenter les coulisses de l’État pontifical. Durant son temps libre, il a pu déambuler dans les jardins du Vatican et découvrir les richesses culturelles de Rome.

Après son départ de la Ville éternelle, Roman Haas a officié pendant deux ans comme concierge d’un couvent à Assise, avant d’entrer lui-même dans un couvent, en Bavière. Mais après neuf mois, il s’est rendu compte qu’il n’était pas fait pour la vie de cloître, et il est devenu chef d’atelier d’une petite entreprise de bus et de voitures, également en Bavière, où il a fait le permis de conduire des catégories C, D et E. Deux ans plus tard, il s’est inscrit dans un séminaire en Autriche, dont il a dû partir en janvier 2020, après seulement la moitié de sa formation, en raison de divergences théologiques avec la direction (Roman préfère la liturgie traditionnelle à la nouvelle liturgie de 1969), mais aussi parce que le jeune homme n’hésite pas à donner son avis.

Il est donc devenu chauffeur de bus en Bavière, avant que la pandémie n’immobilise presque complètement le transport par bus, les seules courses autorisées étant celles pour remplacer le train et pour le transport de soldats. Il a donc opté pour une entreprise spécialisée dans la transformation de Land Rover Defender en camping-cars. Comme l’atmosphère avait changé en Allemagne après le Covid et que le mal du pays, maladie typiquement suisse, ne l’avait pas épargné, il a décidé de rentrer au pays. Il a donc intentionnellement cherché un emploi à proximité de la paroisse qu’il connaît depuis des années, devenant ainsi en novembre 2023 chauffeur de bus chez AAGS.

Après quelques mois, Roman rejoint alors le SEV « parce qu’il faut bien que quelqu’un du personnel s’engage pour défendre les conditions de travail des employés, même si personne ne veut le faire ». Il a pris conscience de cette nécessité depuis qu’il a vu « ce qui se passe en Allemagne ». De son propre chef, il entre dans la section Schwyz du SEV où, en avril 2025, on lui demande d’officier comme caissier. Il suit alors le cours de comptabilité de Movendo et les cours mis sur pied par le syndicat (consacrés, par exemple, à la loi sur la durée du travail), considérant qu’il s’agit d’un précieux service à rendre aux membres. En 2025, il prend également part aux négociations sur la révision de la CCT de AAGS au 1er janvier 2026, ainsi qu’aux négociations salariales.

Lors d’une réunion de la sous-fédération VPT, il découvre les problèmes de sécurité décrits par les chauffeurs de bus dans les villes de Suisse romande et constate que la situation à Schwyz est encore relativement bonne. « De temps à autre, il y a certes des violences aussi chez nous, mais surtout verbales. Il n’est pas question de barricader la cabine des chauffeurs », déclare-t-il. Actuellement, le plus gros défi à relever est constitué par les 30 chantiers qui entravent le réseau emprunté par AAGS et qui occasionnent des retards et du stress. En raison des travaux de construction, l’arrêt Schwyz-centre, notamment, est un gros problème à la fois pour le personnel roulant et pour les passagers. Heureusement, à l’occasion du changement d’horaire 2024, les horaires et les lignes ont été adaptés, ce qui a soulagé les chauffeurs d’un poids immense. L’effectif de AAGS est actuellement équilibré, car de nombreux chauffeurs sont en cours de formation. « Mais il faut garder un œil sur les fluctuations, surtout vu les départs à la retraite », poursuit-il.

En automne, Roman Haas conduit l’excursion annuelle de la VPT Schwyz à Waldshut et à la centrale nucléaire de Leibstadt. À la suite de nombreuses demandes, il organisera en 2027 deux voyages à Rome pour le personnel de AAGS. Il préside également l’oldtimer club de AAGS, qui propose des courses spéciales. Dans sa paroisse, il dirige bénévolement le chœur de l’église et, lors des mariages, il chante en soliste, accompagné à l’orgue. Ses autres hobbies sont les voyages (souvent en Italie) et les randonnées.

Markus Fischer

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