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Chauffeurs pneu et rail des ETC

Attractivité en berne

Depuis le début de l’année, de nombreux collègues du pneu et du rail de certaines ETC romandes nous ont fait part de leur raz-le-bol quant à leurs conditions de travail, l’organisation de leurs horaires et leurs niveaux de salaire qui rendent leurs professions de moins en moins attractives. Pour éviter une future pénurie, une revalorisation, à l’instar du LEB, est urgente.

Les plaintes de nos collègues qui n’en peuvent plus et songent sérieusement à changer d’employeur ou même de métier se sont multipliées depuis le début de l’année. « C’est normal. Bien trop souvent, les horaires de service sont construits avec une philosophie d’économie et non pas une philosophie du bien-être du personnel », fustige Jean-Pierre Etique, secrétaire syndical au SEV. Le temps des injonctions des directions à « faire plus avec moins » et de prendre les minimums légaux comme la norme est terminé juge-t-il. Les économies budgétaires de certains cantons se sont traduites par des conditions de travail dégradées en termes de salaires et d’horaires. Ces plaintes émanent de nombreuses entreprises de transports concessionnaires (ETC) romandes.

Mécanos : les économies coûtent cher

« Deviens pilote de loco. » C’est avec ce slogan que la compagnie des Transports publics neuchâtelois (transN) invitait il y a un an les intéressé-e-s à une matinée d’information sur le métier. L’appel a attiré un nombreux public et l’entreprise annonçait fin novembre avoir déjà pourvu vingt des vingt-cinq nouveaux postes. L’entreprise a besoin de pilotes avec les prochains départs à la retraite et parce qu’elle développe ses capacités ferroviaires. Elle reprend par ailleurs des concessions des CFF ou en partenariat avec eux, dans le but, dit transN, d’augmenter sa masse critique. Mais, pour que ces nouvelles personnes ne quittent pas l’entreprise une fois formées, un effort devra être fait pour revaloriser la profession. Le différentiel en effet est très important avec les CFF, jusqu’à 15000 francs par an en fin de carrière pour un mécanicien voie normale. Si transN a accéléré la progression salariale, il n’a pas augmenté le plafond salarial. Et nous ne parlons pas ici des indemnités. Les grilles salariales doivent être adaptées à la réalité du marché national. Les horaires irréguliers rendent difficile une vie sociale ou familiale. Là aussi les garde-fous en termes de temps de travail doivent être harmonisés selon la pratique nationale.

Le métier est exigeant et il n’est pas étonnant que certains le quittent : il faut faire preuve d’une plus grande résistance au stress tout en acceptant une certaine solitude. Par ailleurs, contrairement à la génération qui va partir à la retraite, les jeunes sont plus sensibles à la monotonie de petites lignes et rêvent de longues lignes. Etique craint en outre que cette sous-traitance progressive de lignes régionales des CFF en faveur d’ETC régionales ne favorisent pas de bonnes conditions d’engagement et dévalorise le métier. A la fin, les économies voulues par le canton coûtent très cher si les mécaniciens, dont la formation a des coûts importants, partent à la concurrence après quelques années.

Bus sous-traités... à des taxis

Et du côté des chauffeurs de bus ? Parmi nos collègues, certains privilégient la qualité des liens tissés avec les usagers sur des lignes en campagne au détriment de la qualité des horaires en ville mais connaissent de plus grandes amplitudes (temps entre l’heure de prise de service et l’heure de fin de service) et des temps de travail effectif restreints.

Selon nos informations, au nom des économies de bouts de chandelle, le canton du Jura a décidé de supprimer certaines courses de bus moins fréquentées en les remplaçant par des partenariats publics-privés avec des compagnies de taxis. Cela touche les chauffeurs des Chemins de fer du Jura (CJ) qui assurent également des transports en bus. Non seulement cela est moins attractif pour les usagers et les touristes non-motorisés, mais également, par ricochet, sur les conditions d’engagement des chauffeurs de bus. En rendant les horaires plus compliqués et aux limites minimales légales, qui ne laissent que très peu de place au temps libre pour les chauffeurs, on rend les places de travail moins attractives. Le SEV demande au contraire de créer l’offre pour développer la demande. Si l’on ajoute les problèmes déjà inhérents à la profession que révélait l’étude du SEV l’année passée (troubles du sommeil, problèmes digestifs et stress en forte hausse), on comprend le dépit de certains de ces chauffeurs. Les pressions financières ne permettent guère des horaires attractifs en devant travailler 6 jours sur 7. Et si l’on imagine un père divorcé, la garde des enfants le week-end n’est possible qu’en entamant les 63 jours de vacances à disposition. Si les CCT négociées par le SEV sont bonnes, ce sont leur mise en application au moment de la construction des horaires selon la logique des pressions financières qui péjore l’attractivité du métier pour des chauffeurs peu écoutés. L’absentéisme qui en découle coûte cher aux entreprises et plombe l’ambiance de travail.

Pour attirer de nouvelles recrues et conserver des collègues au savoir-faire précieux, les ETC romandes auraient tout intérêt, à l’instar du LEB, à revaloriser ces professions pour les rendre plus attractives! Les services publics « ne sont pas un coût, mais des biens précieux » comme l’a souligné mi-mars le président français Macron. Ce qui est vrai pour l’hôpital l’est aussi pour le transport public. Cet appel à sortir des impératifs de rentabilité doit être pris au sérieux.

Yves Sancey
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Le bon exemple du LEB

Bonne nouvelle pour les mécanos de la compagnie de train du Lausanne – Echallens – Bercher (LEB): un accord conclu entre la direction et le SEV avec, notamment, une revalorisation très attendue des salaires vient d’être accepté par les employés du LEB. Elle fait suite aux demandes répétées du SEV, à la mobilisation de la section LEB et une certaine pression politique suite au passage chaotique de la cadence au quart d’heure. Cela résulte aussi d’une prise de conscience de la direction des Transports publics de la région lausannoise (TL) de la nécessité de rendre plus attractif le métier de mécano au LEB et de modifier l’intitulé de la profession vers une appellation plus conforme aux autres ETC: pilote de locomotive. Une évolution que suivent de près les pilotes du métro M1. Par ailleurs, l’accord conclu porte également sur un train de mesures revalorisant notamment les indemnités perçues par les pilotes de locomotives, un échelon supplémentaire pour les Chef de circulation-régulateur LEB et de nouvelles indemnités annuelles pour reconnaître la polyvalence des métiers du LEB.

Depuis la reprise de la gestion opérationnelle du LEB, par les TL en 2013, le statut des « conducteurs du rail » - un métier nouveau pour les TL - restait une question épineuse. Une pétition lancée par le SEV signée par la quasi-totalité des mécanos en 2018 avait permis une amélioration spectaculaire de la planification des horaires.

Restait la question de leurs salaires. Dans le rapport commandé par le Conseil d’Etat en 2017 est ressorti le manque de réserve d’effectifs et un problème d’attractivité de la profession du fait du niveau salarial en deçà des autres entreprises du rail. Ressortait aussi le manque de connaissance de ce métier par les TL, seuls à les appeler « conducteurs de rail ». Une fois formés, les mécanos partaient vers d’autres entreprises de la région qui les payaient plus correctement. Que cet exemple puisse inspirer les autres ETC romandes !

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