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Alstom va effectuer la révision de 19 trains pendulaires

Les CFF donnent du travail à Alstom

Les CFF répètent à chaque occasion qu’ils considèrent l’entretien des véhicules comme une tâche clé. Le SEV les prend au mot.

«Il est irresponsable de rester dépendant d’une multinationale», met en garde Manuel Avallone, vice-président du SEV.

Le 24 septembre dernier, les CFF ont annoncé qu’ils confient la première révision des trains pendulaires ETR 610 à Alstom pour 80 millions de francs. Une externalisation qui sera effectuée à Savigliano, en Italie. Les CFF précisent qu’il s’agit là d’une situation particulière car ils amènent le confort et la technique des sept premiers trains de la première série au niveau de la deuxième. Les CFF ont décidé de réaliser la remise à niveau des trains en même temps que les révisions prévues pour la période 2017–2020. Tous ces travaux seront exécutés en Italie pour des raisons d’homologation, indiquent les CFF. A première vue, l’explication semble logique, même si on peut se demander s’il n’y avait pas d’autres alternatives. On parle tout de même d’un mandat à 80 millions que les CFF externalisent au lieu de le faire eux-mêmes. Jusqu’à aujourd’hui, les CFF ont suivi une autre logique, celle d’effectuer l’entretien du matériel roulant à l’interne et ce pour des raisons de maîtrise du savoir-faire d’un matériel roulant qui a une longue durée de vie.

Le SEV a fait part de son scepticisme face à cette décision. L’externalisation de l’entretien des ETR 610 à l’entreprise Alstom est intolérable. Les CFF risquent ainsi de manquer des savoir-faire indispensables à l’avenir pour garantir la disponibilité de la flotte à long terme. En prévision d’une durée de vie de quelque 40 années, il est irresponsable de laisser s’installer un tel rapport de dépendance vis-à-vis d’une entreprise privée. Les CFF disposent de spécialistes à même de maintenir ces véhicules pour des dizaines d’années. Quant au vice-président du SEV, Manuel Avallone, il ajoute: «En matière de savoir-faire comme de prix, il est irresponsable de rester dépendant d’une multinationale, dont les intérêts sont incontestablement divergents.»

Le mandat confié à Alstom par les CFF a de quoi dégoûter le personnel des CFF.

Les CFF disposent d’ateliers industriels qui leur permettent de réaliser cet entretien, moyennant certains ajustements. Si Yverdon et Olten semblent actuellement surchargés, Bellinzone (et probablement Bienne) auraient de quoi remplir ce mandat. Les CFF répètent à chaque occasion qu’ils considèrent l’entretien des véhicules comme une tâche clé. Le SEV les prend au mot: en Suisse, dans les ateliers industriels et ateliers d’entretien, on compte des milliers de postes de travail à haute valeur ajoutée. Il est exclu de les mettre en péril. Il faut au contraire impliquer le personnel dans les réflexions sur le développement des activités.

Gi/vbo

Etude Metron sur l’avenir de l’industrie ferroviaire et du matériel roulant en Suisse

Le SEV et UNIA avaient commandé une étude sur l’avenir de l’industrie ferroviaire et du matériel roulant en Suisse. L’étude Metron publiée en juin 2014 avait mis en exergue plusieurs points favorables au maintien de l’entretien du matériel roulant dans le giron des entreprises de transports.
Selon l’étude, en principe, divers groupes de prestataires pour l’entretien et les services peuvent entrer en ligne de compte: les exploitants ferroviaires eux-mêmes, les constructeurs de matériel roulant ou des tiers. L’entretien et les services représentent un domaine d’affaires intéressant et en pleine croissance pour les entreprises de construction. Dans d’autres pays, comme par exemple en Grande Bretagne, il est d’usage que les constructeurs se chargent de l’entretien. Quelques exemples: Bombardier : Grande Bretagne ; Siemens : Espagne, Russie, Grande Bretagne ; Stadler : Hongrie, Algérie. En Suisse cette pratique est appliquée déjà depuis longtemps par exemple pour les trams (exemple BLT).
L’étude Metron a mis en évidence, si besoin, que les coûts sont à l’origine de nombreuses discussions pouvant donner lieu à des réorganisations. La question centrale est de savoir quels acteurs on trouvera sur le marché dans les prochaines années.

Attention à la dépendance des constructeurs

Selon les estimations des représentants des CFF, en particulier pour le premier entretien, les entreprises de construction sont en mesure d’offrir ce service à moindres frais, étant donné qu’elles peuvent trouver de meilleures conditions à l’achat. Le premier contrat de maintenance est ainsi souvent proposé pour attirer le client, alors que pour les contrats suivants, en règle générale, les coûts augmentent.
Outre les exploitants ferroviaires et les entreprises de construction, il y a aussi des tiers qui jouent un rôle dans l’entretien et les services. Le transfert de l’entretien à des tiers est en tous les cas très pointu et délicat. Des problèmes contractuels dus à certaines zones troubles peuvent surgir parce que des relations contractuelles lient les exploitants ferroviaires avec d’une part les constructeurs et, d’autre part, les entreprises d’entretien et que ceux-ci (les constructeurs et les entreprises d’entretien) agissent librement les uns par rapport aux autres. En cas de problème durant la période de garantie d’un véhicule sur rail, il faut donc procéder à des clarifications.
La maintenance toujours plus exigeante de compositions complètes au lieu de véhicules isolés va nécessiter des investissements supplémentaires, ce qui pourrait amener à réfléchir à une révision des structures actuelles des ateliers CFF dans le domaine de la maintenance.

Vu les résultats de l’étude, le SEV revendique notamment :

  1. Pour des raisons de politique des transports, de la sécurité et de l’emploi, l’entretien et les services doivent rester rattachés aux CFF, en tant qu’acteur principal. Les raisons sont avant tout la sécurité (aspect de qualité dans l’entretien et la maintenance) et le renforcement de la formation et de la formation continue.
  2. Indépendamment des solutions possibles, il faut s’assurer que sur le marché des services et de l’entretien, des conditions de travail équivalentes soient proposées de manière contraignante dans toutes les entreprises concernées, pour conserver les plus hauts standards de qualité et de sécurité. Ces exigences relatives aux conditions de travail et à la sécurité doivent être réglées sur le plan légal.
  3. Les CFF, le BLS et d’autres entreprises ferroviaires créent les partenariats nécessaires entre exploitants ferroviaires et industrie du matériel roulant, dans le but de pouvoir bénéficier des dernières technologies et des mesures récentes de sécurité. L’entretien et les services sont aussi un domaine très intéressant et tourné vers l’avenir.

L’étude Metron peut être consultée sur notre site (http://sev-online.ch/fr/medien/medienmitteilung/2014/investir-pour-lavenir-de-lindustrie-ferroviaire-suisse/Revendications) sur l’entretien et les services, de même que le communiqué de presse que le SEV a diffusé le 12 septembre 2014 lors de la présentation de l'étude.

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