| Actualité / journal SEV

Inflation : accord à +2,8% aux TL – la base tranchera

L’inflation avait été un des points importants de l’assemblée de mars. L’accord trouvé à +2,8% de renchérissement montre que la lutte paie.

La chute du pouvoir d’achat agite les esprits. Bonne nouvelle dans ce contexte. Après plusieurs séances devant l’office de conciliation, un accord a pu être trouvé entre le SEV et la direction des TL, les transports publics lausannois. Le salaire de tout le personnel au bénéfice de la CCT sera augmenté de +2,8 % avec effet au 1er septembre, sous réserve de l’approbation de la base. Aux TPF, le SEV revendique 5 % d’augmentation salariale.

Depuis plusieurs mois, la mobilisation aux TL est impressionnante. En mars, une assemblée historique avait vu près de 350 conductrices et conducteurs des TL refuser la proposition de leur direction de dégrader leurs conditions de travail. 250 autres collègues étaient encore venus à deux permanences quelques jours plus tard. « Cette colère se lit aussi par le nombre de nouveaux membres qui frôlent les 200 depuis le début de l’année. Cette forte syndicalisation, avec la mobilisation qu’elle génère, donne aussi du poids au SEV dans les négociations », fait remarquer Pablo Guarino, secrétaire syndical SEV.

Dans un premier temps toutefois, la direction avait cherché à passer en force sur la question du renchérissement dont l’assemblée avait exigé l’application de la clause d’automaticité prévue dans la CCT. Pour la période 2020 – 2021, la direction refusait d’accorder l’indexation, avant de concéder 0,75 % alors que l’inflation se montait à 1,5 %. Le SEV a alors saisi le tribunal. Entre-temps, l’inflation est partie à la hausse cet été frôlant puis dépassant les 2,5 % de hausse. Aux TL, la CCT avait repris de l’ancien statut l’idée d’une garantie de la compensation du renchérissement à partir de ce point de bascule.

La question de l’automaticité

En refusant, dans un premier temps, d’accorder automatiquement cette hausse pour le renchérissement en 2022, les TL violaient donc la CCT, l’article permettant certes une dérogation, mais seulement après négociation. Entre-temps, les 5500 employé-e-s de la Ville de Lausanne ont vu leurs salaires augmenter de 2,87 % dès le 1er septembre. La Municipalité avait pris cette décision en juillet en mettant en œuvre le mécanisme automatique qui protège le pouvoir d’achat de ses employé-e-s. Selon une disposition similaire à celle des TL, si l’indice des prix à la consommation dépasse d’au moins 2,5 % celui des salaires, alors une indexation intermédiaire a lieu en cours d’année. Dès lors, la position de la direction des TL, dont la Ville de Lausanne est un actionnaire important, devenait difficilement défendable auprès de l’office de conciliation. Après plusieurs séances de négociation, un accord a finalement été trouvé. Une augmentation de salaire de 2,8 % est accordée à partir du 1er septembre 2022, en application de l’article 53 al.2 de la CCT-TL. Ces 2,8 % s’ajoutent au 0,75 % déjà accordé au 1er janvier. L’indice de référence pour toute indexation future du salaire est celui de septembre 2022.

Les membres décident

Au SEV, ce sont les membres qui décident. Cet accord doit donc encore recevoir leur aval. Les membres du syndicat vont recevoir ou ont reçu ces derniers jours un bulletin de vote. S’il devait être approuvé, l’accord avec effet rétroactif au 1er septembre serait effectif sur les salaires d’octobre. « Cet accord n’a été possible que grâce à la solidarité et à la mobilisation du personnel. Je suis très fier de mes collègues qui ont compris qu’il fallait se syndiquer massivement », souligne Cung Hong-Nghia, le président de la section SEV-TL. La situation aux TL n’est toutefois pas encore détendue puisque la question des horaires reste, en particulier ceux de nuit pour les ateliers. Cela a conduit à une action de plus d’une semaine de service minimum (voir page 4).

Dans les autres ETC, la question de l’inflation et de la perte du pouvoir d’achat reste brûlante. L’exemple lausannois qui montre que la lutte paie pourrait faire des émules, même si les entreprises ne disposent pas toutes dans leur CCT ou règlement d’une clause d’automaticité du renchérissement à partir de +2,5 % comme aux TL. Nos collègues sont très remontés. Aux TPG (voir page 4), la base s’est prononcée à plus 70 % des votants pour relancer le préavis de grève. A Fribourg, les négociations vont bientôt commencer.

+5% revendiqué aux TPF

Pour lutter contre la baisse du pouvoir d’achat, le SEV et transfair revendiquent 5% d’augmentation salariale aux TPF, les transports publics fribourgeois. Comme pour tous les collègues de Suisse, celles et ceux des TPF sont touchés de plein fouet par la baisse du pouvoir d’achat qui s’érode avec l’inflation qui s’envole A la fois pour faire face à cette hausse du coût de la vie, mais aussi pour rattraper le retard de ces dernières années, les syndicats revendiquent une augmentation générale, comprenant la compensation de l’inflation et une revalorisation des salaires réels. C’est ce que plaide l’USS au niveau Suisse et c’est ce que plaide le SEV au niveau fribourgeois. En effet, comme le rappelle Pablo Guarino, « le personnel des TPF a largement contribué aux mesures d’économies ces dernières années. Des augmentations de salaires réelles, et pas seulement nominales pour rattraper les dégâts de l’inflation, sont nécessaires. »

Jeudi 8 septembre, le comité était sur le terrain pour prendre la température à Fribourg. Fritz Hänni, président du comité SEV-TPF, a été frappé par l’angoisse formulée par de nombreux collègues des TPF : « Partout où nous sommes passés, nous avons entendu les mêmes craintes par rapport aux fins de mois qui deviennent difficiles, sans parler des hausses des primes des caisses-maladies qui devraient avoisiner les 10 % et de possibles hausses de loyers avec le coût de l’électricité qui s’envole. Dans ce contexte tendu, des augmentations de salaires sont désormais nécessaires ! », prévient-il. L’heure est maintenant aux négociations avec la direction. Les collègues seront informés à chaque étape du résultat des négociations qui débuteront prochainement. « Si le résultat devait être jugé insuffisant, nous appellerons à la mobilisation de tout le personnel ! » met en garde Guarino.

Yves Sancey
Enable JavaScript to view protected content.