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Aviation

Mobilisation chez Swissport

À Genève et à Zurich, le personnel au sol du secteur de l’aviation manifestera ce 11 septembre pour défendre ses CCT et ses conditions de travail. Il refuse de payer seul les conséquences de la pandémie qui ne peut servir de prétexte pour prétériter les acquis sociaux alors que Swissport a réalisé 766 millions d’euros de bénéfice ces trois dernières années.

Avec la baisse des passagers, le transport aérien a été le plus durement touché par la pandémie. Des centaines de licenciements ont été annoncés à Zurich chez SR Technics et Gate Gourmet. Depuis six mois, nos collègues de l’aéroport connaissent une chute de leurs revenus de 20% puisqu’une grande partie sont au bénéfice du chômage à temps partiel (RHT). Et c’est dans ce contexte tendu que les syndicats négocient depuis plusieurs mois le renouvellement des CCT Swissport (fixes et auxiliaires) qui arrivent à échéance fin septembre. Le prestataire de services aéroportuaires emploie environ 5000 personnes en Suisse dont 1300 à Genève Aéroport où SEV-GATA est présent depuis longtemps.

Une annonce choquante

En juillet, la direction exigeait déjà une baisse très importante des conditions de travail. Le passage à un échelon supérieur ne serait plus d’un mais de trois ans, à partir de la 3e année. La direction cherchait aussi à diviser le personnel en améliorant les conditions des auxiliaires grâce aux baisses de salaire des employés de longue date ayant atteint le plafond de leur grille salariale, dans l’idée de généraliser ce statut précaire.

Entretemps, la direction a fait une annonce choquante lors de la dernière séance du 27 août: pour espérer maintenir les CCT, il faut encore réaliser des économies de 20 à 25% des charges! Ce sont les pourcentages de réductions de coûts qu’exige le CEO de Swiss (voir brève sur sa situation) qui aurait déjà obtenu des offres de concurrents plus petits. Swissport serait contrainte de continuer à réduire ses coûts et s’aligner sur ses concurrents. «Dans une telle proportion, ce n’est pas raisonnable» fulmine Pablo Guarino, secrétaire syndical en charge du secteur de l’aéroport.

Course à la sous-enchère

«Cette course à la sous-enchère est insupportable et le covid semble être un prétexte pratique pour que cette spirale vers le bas ne s’arrête plus. Il faut y mettre un grand stop, maintenant!» prévient-il. Du coup, les propositions de la direction du mois de juillet ne sont plus d’actualité. «La parole donnée en juillet semble bien volatile et la volonté réelle de la direction de reconduire les CCT peut être mise en doute puisque cette annonce intervient à seulement 30 jours de l’échéance des CCT» déplore Guarino. «Aucune piste n’est d’ailleurs avancée par elle et ce sont aux syndicats de faire des propositions!»

SEV-GATA a proposé de soumettre au vote des membres la possibilité de consentir à une baisse de salaire temporaire. Cet effort financier serait consenti à plusieurs conditions, notamment que la direction fasse la transparence sur sa comptabilité, donne des garanties sur l’emploi et s’engage à rembourser les employé-e-s dès que la situation économique le permettra. Bien entendu ces propositions seront soumises au vote des membres.

766 millions de bénéfice

Le manque à gagner du secteur durant le confinement et les pressions sur les prix des compagnies aériennes pour prolonger les contrats de maintenance avec Swissport sont réels. Rien ne justifie toutefois une exigence de baisse des coûts de 20 à 25%. En effet, il faut rappeler que quand les affaires allaient bien ces dernières années, les salarié-e-s n’en ont pas vu la couleur. Entre 2017 et 2019, le bénéfice cumulé avant impôts et amortissements (Ebitda) de Swissport s’est monté à 766 millions d’euros! «Où sont passés ces millions à l’heure où la direction demande tous ces sacrifices aux salariés ?» questionne Guarino. Sachant que Swissport était aux mains du conglomérat chinois HNA Group qui plie sous une dette estimée à plus de 80 milliards de dollars, il y a peu d’espoir que Swissport ait constitué une réserve en cas de coups durs.

L’heure de la mobilisation a sonné

«Les salariés nourrissent donc depuis des années des actionnaires bien lointains et ne sont que des variables dans des tableaux Excel. Améliorer la rentabilité du groupe permet surtout d’augmenter le prix de vente du groupe. Pour le moment, les salariés assistent impuissants à une bataille de titan qui leur échappe» pointe Guarino. Victorieux fin août, les créanciers américains et anglais vont devenir les nouveaux propriétaires au profit de la restructuration de la dette, près de 2 milliards d’euros, par un échange de créances contre des actions. Du coup, la situation financière du groupe s’améliore. Avec cet accord, Swissport s’assure 300 millions de liquidités supplémentaires et obtient une ligne de crédit à long terme de 500 millions. Selon l’ATS (21.8), l’Ebitda de Swissport, déficitaire au deuxième trimestre, est même revenu en zone bénéficiaire en juillet. «La situation financière du groupe n’est donc visiblement pas si catastrophique» fait remarquer Guarino.

«Cette course au démantèlement des CCT doit être stoppée», juge Pablo Guarino, secrétaire syndical en charge du secteur de l’aéroport. Pour lui, «le moment est important et la mobilisation indispensable. Tout le personnel doit se mobiliser pour éviter une double peine: une CCT au rabais et un licenciement collectif!»

Yves Sancey
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(Photo ©Swissport International SA)

Manifs aux aéroports de Genève et de Zurich

Ce 11 septembre, SEV-GATA et ssp appellent à manifester aux aéroports de Zurich (avec KV) et de Genève (avec unia) dès 11h.

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