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Inauguration du Léman Express: Et le personnel?

Dans dix jours exactement, le plus grand RER transfrontalier d’Europe entrera intégralement en service. Une révolution pour les usagers mais aussi un défi syndical pour les conditions de travail du personnel à l’heure de l’ouverture de la concurrence au 1er janvier 2020.

C’est la dernière ligne droite pour le CEVA, renommé Léman Express, qui va relier Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse en vingt-deux minutes toutes les 10 minutes. Sa mise en service intégrale le 15 décembre, après presque 10 ans de travaux et un investissement de près de deux milliards, va transformer fondamentalement le réseau de transports collectifs du Grand Genève.

Pour le décrire, les politiciens manquent de superlatifs: «Chantier du siècle, chaînon manquant qui nous empêchait d’entrer dans un XXIe siècle ferroviaire» pour Serge Dal Busco, conseiller d’Etat genevois en charge des Infrastructures.

Constitué de six lignes, ce RER transfrontalier desservira 45 gares pour 230 kilomètres de voies en Suisse (Genève, Vaud) et en France voisine (Haute-Savoie, Ain), ce qui en fait un réseau régional unique en Europe. Il devrait transporter 50000 personnes chaque jour et permettre, selon les projections de Dal Busco, de réduire de 12% le trafic routier dans le canton aux heures de pointe. Il faut dire qu’il y avait urgence. Le tout-voiture des années 1960-80, tant du côté genevois que du côté haut-savoyard, congestionne le centre-ville.

Outre les nouveaux quartiers autour des gares, des vélostations et des P+R, le RER en sous-sol s’accompagne d’une voie verte au-dessus de son parcours en partie déjà ouverte et d’une nouvelle ligne de tram transfrontalier, la 17, qui reliera Lancy-Pont-Rouge à Annemasse toutes les 9 minutes. Par ailleurs, l’impact du Léman Express se fera sentir jusque dans le Chablais avec un Regio Express Vevey-Genève toutes les 30minutes qui, une fois sur deux, sera prolongé jusqu’à Saint-Maurice.

Inauguration menacée... de grève

Alors que les autorités se préparent à la cérémonie d’inauguration du 15 décembre, celle-ci se fait sous la pression du calendrier et avec la menace d’une grève dure chez les cheminots français dès ce 5 décembre. Un débrayage a eu lieu samedi 23 novembre, où aucun train n’a circulé en Haute-Savoie, restreignant un test de circulation. Les cheminots français sont en effet en colère: «Nous avons été beaucoup sollicités ces deux dernières années avec cette mise en place du Léman Express, sans que nos salaires peu élevés n’aient été revalorisés ni nos efforts reconnus par une prime. Et le coût de la vie ne fait qu’augmenter, sans parler des loyers déjà très chers», explique Philippe Gauthier, cheminot à la SNCF et syndicaliste à SUD Rail.

Les cheminots français vont-ils perturber la cérémonie du 15 décembre? «Cela dépend du sérieux de la réponse que notre direction apportera à nos revendications légitimes», plaide-t-il. Alors que les autorités politiques et les experts se sont exprimés dans les médias, un acteur important entre enfin en scène: le personnel qui va permettre à ces trains de circuler! Il faut dire qu’avec un RER transfrontalier, la question des conditions de travail du personnel se pose forcément.

Protection pour 6 à 10 ans

«On s’y est pris très tôt», rappelle Valérie Solano, secrétaire syndicale SEV en charge du dossier du côté suisse. «Avec nos collègues français Sud Rail et CGT, nous avions remis à la direction du projet un livre blanc des conditions de travail en novembre 2015. A l’époque, la proposition existait de créer une filiale 100% de droit privé qui aurait pu rapidement se transformer en entreprise ferroviaire dédiée au Léman Express. Une privatisation aurait engendré une dégradation inacceptable des conditions de travail et des salaires», rappelle-t-elle.

Cela a obligé les deux entreprises, CFF et SNCF, qui possèdent conjointement à 60 et 40% la compagnie exploitante actuelle Lémanis, société de droit suisse, à se positionner très tôt. La solution trouvée: les mécaniciens, bien que détenant les deux permis, ne travailleront que sur un territoire, chaque pays ayant ses propres lois régissant le travail, les changements s’opérant à Annemasse.

Ce travail syndical unitaire exemplaire a donc permis la signature, le 1er février 2018, d’une lettre d’intention des autorités franco-suisses en lien avec le Léman Express, de ne pas procéder à d’éventuelles mise au concours des prestations ferroviaires avant 10ans, moyennant une clause de sortie possible au bout de six ans.

A l’horizon 2025-2029, d’autres acteurs, moins regardant sur les conditions de travail, pourraient donc s’annoncer pour reprendre l’exploitation du réseau. On pense bien sûr à la RATP qui se profile depuis des années comme un acteur important de la mobilité dans la région. D’autres comme RegionAlps - filiale des CFF (70 % du capital-action), TMR et du canton du Valais) - qui font du régional, pourraient se mettre sur les rangs. «Les salaires y sont corrects, mais sont plus bas qu’aux CFF!», relève Solano. Lémanis pourrait très bien charger une autre compagnie de l’exploitation en Suisse tout en continuant à posséder le matériel.

Autre soucis pour elle: avec un abonnement général, dès que l’on dépasse la frontière, il faut racheter un billet. «Pour les conducteurs de ce réseau, nous demandons la gratuité de transport! Pour le moment, elle s’arrête à la frontière. Ce qui pénalise les collègues frontaliers des TPG qui viennent en transports publics pour travailler à Genève. La même revendication vaut pour nos collègues sous-traitants TPG qui n’ont pas de gratuité sur les transports genevois.»

Yves Sancey

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Commentaires

  • Martinez Jose

    Martinez Jose06/12/2019 16:12:38

    Très bien, vous vous préoccupez du personnel qui conduira ces trains et l'entretien en France, mais, et le personnel du CEG, qui s'occupera des Flirts LEX, l'abonnement FVP pas valable sur France, ils devront payer leurs trajets sur territoire français, autant dire qu'ils continueront à venir majoritairement en voiture, moto, scooter, voire en vélo, sans compter, qu'il a fallu créer un team entretien special pour ces véhicules, car ils viennent au dépôt l'après-midi de 13h00 à 20h30, du coup touts les teams et horaires, de nouveau chamboulés, plus ont va de l'avant, plus les conditions péjores, et après notre cher employeur, s'étonne du mauvais résultat du sondage de satisfaction, et des départs de l'entreprise. ABE

  • SEV

    SEV12/12/2019 15:17:34

    Merci cher Monsieur pour votre commentaire. Il nous permet de préciser qu'il va de soi que nous défendons l'ensemble des travailleurs du transport. Dans le cas particulier que vous soulevez, sachez que nous venons d'adresser, sur mandat de nos membres, un courrier à Léman pass pour obtenir la gratuité sur le réseau du Léman pass pour l'ensemble des travailleurs qui œuvrent sur ce réseau, qu'ils soient conducteurs, pilotes, ingénieurs ou carrossiers, qu'ils soient au service de la maintenance, à l'exploitation ou dans l'administration.

  • Marlétaz Cédric

    Marlétaz Cédric18/12/2019 08:28:13

    Il me semble que le SEV était accompagné par le VSLF et ce dès les premières négociations. On vient souvent chercher l’aide du petit frère vert (pourtant largement majoritaire à Genève en matière de mécaniciens membres) et on oublie souvent de le mentionner ensuite, comme lors de l’hommage à Bruno en gare de Zürich. Une solidarité à géométrie variable en quelque sorte.

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