Votation du 29 novembre
« Ne laissons pas l’AVS entrer dans les chiffres rouges »
Le 29 novembre, on votera sur le financement de la 13e rente AVS, acceptée à plus de 58 % en mars 2024. Le Parlement n’a retenu qu’une hausse de la TVA de 0,4 point. Pierre-Yves Maillard, président de l’USS qui appelle à voter oui, répond aux questions que se posent beaucoup de syndiqué·es.

L’AVS dispose de 60 milliards de francs de réserves et a dégagé des excédents ces dernières années. Pourquoi demander aux gens de mettre la main au porte-monnaie ?
Pierre-Yves Maillard : Je ne vais pas dire le contraire : si c’est non, l’AVS ne sera de loin pas en faillite. Elle n’a pas de dettes et sa fortune rapporte en principe un bon milliard par an. Il y a en plus un excédent structurel d’environ 2 milliards entre les recettes et les dépenses. Cela fait 3 milliards. Or la 13e rente coûtera 4,5 milliards par an. Nous aurons donc rapidement un déficit de 1 à 2 milliards par année. La fortune permettrait de l’absorber un moment, mais elle est là pour garantir le paiement des rentes en cas de crise, pas pour financer durablement une nouvelle prestation.
Pendant la campagne pour la 13e rente, vous expliquiez pourtant que l’AVS pouvait l’absorber…
Elle peut l’absorber aujourd’hui, c’est vrai. Mais la question, c’est la trajectoire de l’AVS ces prochaines années. Une AVS qui puise chaque année dans son capital, c’est une AVS que la droite présentera comme malade.
La TVA reste l’impôt le plus injuste : le même taux pour la caissière et pour le banquier. Et les retraité·es vont payer une partie de leur propre 13e rente…
On est bien d’accord qu’augmenter la TVA n’était pas notre solution. Pendant la campagne comme au Parlement, nous avons défendu un financement par les cotisations sociales qui sont plus justes socialement et font mieux participer les entreprises. Nous nous sommes battus pour cette option jusqu’à ce que la majorité de droite l’écarte définitivement, à deux voix près au National. Il faut maintenant prendre acte de la réalité. Dans le rapport de force actuel, ce n’est plus le match entre TVA et cotisations qui compte, mais celui entre financer l’AVS ou la laisser plonger dans les déficits.
Accepter un compromis parlementaire défavorable ne revient-il pas à récompenser la droite pour avoir bloqué la solution la plus équitable et donc valider leur stratégie ?
La fonction d’un syndicat n’est pas seulement de défendre une position idéale mais aussi d’obtenir des résultats concrets. La victoire historique de la 13e rente a déjà modifié le rapport de forces. Mais une conquête sociale est durable quand elle est financée, sinon elle reste fragile.
Concrètement, combien cela va-t-il coûter aux ménages ?
Il faut mesurer ce que représentent ces 0,4 point de 8,1 à 8,5 %. Pour une paire de jeans à 100 francs, c’est 40 centimes de plus ou deux centimes sur un café. On estime le coût entre 7 et 12 francs par mois pour les salaires modestes et moyens. Les biens de première nécessité, comme l’alimentation ou les médicaments, ne sont pas concernés par la hausse. En face, la 13e rente rapporte en moyenne 2000 francs par an aux retraité·es. Pour la grande majorité d’entre elles et eux, le bilan est clairement positif. Ce qui ronge vraiment le pouvoir d’achat, ce sont les primes d’assurance maladie.
La 13e rente est inscrite dans la Constitution, elle sera versée de toute façon. Un non ne permettrait-il pas au Parlement de revenir avec une meilleure solution ?
Je ne vois aucun signe qui permette de l’espérer. La droite n’acceptera pas demain les cotisations salariales qu’elle a refusées hier. En revanche, je sais ce qu’elle fera avec des déficits. La place financière et ses relais à l’UDC et au PLR font avec l’AVS ce qu’ils font avec l’État : la politique des caisses vides. On crée des déficits, comme dans les cantons, puis on s’appuie sur ces déficits pour imposer des réformes impopulaires. Le PLR votait en juin pour une hausse de 0,5 point de la TVA, il trouve aujourd’hui que 0,4 point, c’est trop. Des acrobaties, j’en ai vu, mais rarement des aussi spectaculaires.
La droite agite certes déjà la hausse de l’âge de la retraite. Mais le peuple a dit non, et très clairement. Ne faut-il pas lui faire confiance ?
Si, et c’est bien pour ça que la droite change de méthode. En 2024, elle a tenté de relever l’âge de la retraite en disant que la démographie ne nous laissait pas le choix. Trois quarts des votants ont dit non. Alors maintenant, elle veut plomber le financement de la 13e rente pour forcer la main à la population ensuite. Ses représentants parlent déjà de « réformes structurelles ». Qu’on ne s’y trompe pas : cela veut dire une hausse de l’âge de la retraite, donc une baisse des rentes. Face à une AVS dans les chiffres rouges, la pression sera énorme, à chaque débat. Accepter la TVA ne mettra pas fin à ces attaques, mais cela retire à la droite son meilleur argument.
Le SSP et une partie de la gauche appellent à voter non. Cette division vous inquiète ?
Nous avons eu un vrai débat à l’assemblée des délégué·es de l’USS en août. Plus de 80 % ont soutenu la hausse de la TVA. Le PS l’a fait à 80 % et les Verts y sont aussi favorables. Le diagnostic est d’ailleurs largement partagé avec le SSP : la 13e rente était nécessaire et les employeurs devraient contribuer davantage. Nous divergeons sur la stratégie. Mais ceux qui font campagne pour le non endossent une lourde responsabilité, car leurs voix s’ajoutent à celles de l’UDC et du PLR.
Qu’est-ce qui se joue, au fond, le 29 novembre ?
La 13e rente est une victoire majeure pour les syndicats. Nous voulons qu’elle soit durable et pour cela il faut un financement solide. Sinon, au lieu de continuer à améliorer les prestations, notamment les rentes de couple et de veuve, nous serons constamment sur la défensive. Si on veut aborder ces débats sans la pression des déficits, il faut voter oui.
Yves.Sancey
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