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Lac Majeur: à la barre avec une CCT

La CCT a vu le jour après d’innombrables rondes de négociations avec la direction SNL, une journée de grève et cinq audiences à l’Office cantonal de conciliation sous la direction du Conseiller d’Etat Christian Vitta. La CCT a été acceptée à l’unanimité par le personnel et le Conseil d’administration SNL; elle entrera en vigueur au 1er janvier 2019 pour une durée de 3 ans, avec prolongation possible.

Une partie d’entre eux ont choisi une autre vie mais, pour la majorité des marins, la CCT est une base sur laquelle construire. (Photo: Ti-Press/Pablo Gianinazzi)

Nous n’avons pas obtenu autant que nous aurions voulu, mais en toute objectivité il n’aurait pas été possible d’obtenir plus. Les salarié-e-s ex NLM en sont les premiers conscients. Ils ont accepté à l’unanimité la CCT sachant qu’elle est le fruit d’une conciliation et non pas de négociations normales entre les parties concernées. Une situation classique de donnant-donnant aurait signifié, en cas de refus, pour le personnel l’application du règlement d’entreprise en cours sur les berges de Ceresio à Lugano et pour les syndicats, un éloignement dans le dialogue du partenariat social.

Un conflit de longue durée

Durant cet interminable conflit, plusieurs choses se sont passées dont nous devons nous rappeler. La première est que c’est grâce à la grande fermeté des matelots l’année passée qu’il a été possible de garantir à tous ceux qui ont décidé de rester un poste de travail et les conditions salariales de l’ancien employeur durant toute l’année 2018. La deuxième est que durant 2018, qui fut très turbulente, l’union entre les matelots n’a jamais faibli et ceci a permis d’obtenir une CCT qui est certainement meilleure que le règlement d’entreprise de Lugano. A noter que ce dernier sera adapté sur certains points grâce à la pression exercée par les collègues de Locarno. Il s’agit là d’un bénéfice indirect qui donne à réfléchir. Mais la chose la plus importante est que ces matelots ont montré sans relâche à l’opinion publique comment le travail et les conditions d’engagement peuvent être défendues. Non pas comment obtenir des promesses, mais des faits !

Ces marins ne se sont laissés manipuler par personne: ni par des groupements politiques, ni par aucun des mouvements qui, à différents moments de leur lutte, ont cherché à profiter de leur cohésion. Non, ils ont décidé eux-mêmes, tout seuls, en toute autonomie, lors de leur assemblée. Et les syndicats SEV, Unia et OCST les ont accompagnés depuis le début avec une persévérance coriace, à l’unisson pour défendre la cause de ces employé-e-s. Entre les acteurs des divers syndicats s’est ainsi développée une amitié au-delà des camps syndicaux qui s’opposent parfois hélas, et freinent et ternissent l’activité syndicale en elle-même.

L’histoire sans fin de cette

Il était inscrit noir sur blanc dans les points de l’accord qui a permis de terminer la grève, qui a été signé en juillet 2017 entre le Conseil d’Etat et les syndicats, qu’une CCT devait être négociée. Juste après la mise sur pied du consortium qui, rappelez-vous, ne s’est pas produite au début janvier comme prévu mais seulement au printemps, les syndicats ont demandé l’ouverture immédiate de négociations pour une CCT. Pour les matelots et les syndicats, les thèmes les plus chauds concernaient les salaires et la défense du personnel saisonnier. Ce qui s’est passé au printemps et en été dans le cadre des négociations a été, pour utiliser un euphémisme, intense et laborieux mais n’a donné pratiquement aucun résultat concret. Ceci malgré une journée de grève le 3 juillet dernier. C’est pour cette raison qu’en septembre dernier, les syndicats ont demandé l’intervention de l’Office cantonal de conciliation. Il s’en est suivi des négociations intenses avec la SNL et cinq séances à l’Office cantonal de conciliation sous la direction du conseiller d’Etat Christian Vitta. La dernière rencontre à l’Office de conciliation s’est déroulée le 22 novembre et l’assemblée du personnel a ratifié l’accord le 4 décembre. Un vote unanime de la part de l’assemblée qui démontre le grand soutien dont a bénéficé le texte négocié. L’assemblée a souligné le point névralgique concernant le niveau salarial plus bas que ce qui était prévu, trop bas puisque la plupart des employé-e-s subiront des baisses salariales importantes par rapport à la situation actuelle, compensées seulement partiellement par les dispositions transitoires définies sous l’égide de l’Office cantonal de conciliation. Les syndicats et l’assemblée du personnel ont toutefois confirmé et communiqué qu’ils sont satisfaits du résultat obtenu et ont remercié le conseiller d’Etat Christian Vitta pour son engagement devant l’Office cantonal de conciliation.

Et à l’avenir ?

Les syndicats et le personnel partagent la même certitude que la direction SNL: la signature de cette CCT permettra de contribuer à un meilleur développement des activités sur le lac Majeur, dans l’intérêt de toutes les parties concernées et de la population résidant dans la région. Ils remercient encore cette dernière pour le soutien accordé à plusieurs reprises durant les derniers mois.

Les matelots et les syndicats sont pleinement conscients que cette CCT représente une base sur laquelle on pourra travailler et l’objectif des prochaines négociations devra être de l’améliorer. De fait, une compagnie de navigation sur les lacs tessinois, avec un public et des touristes, peut difficilement voyager à pied. Le tourisme sur le lac reste un élément primordial de l’économie du canton du Tessin. Il est fondamental d’en reconnaître l’importance, tout comme de comprendre les difficultés objectives de ceux qui doivent les gérer pour fournir des prestations adaptées au territoire. Dans ce sens, une politique sérieuse et pérenne ne pourra pas faire semblant de ne pas en tenir compte.

Angelo Stroppini

Les principaux points de la nouvelle CCT

La CCT s’applique uniquement aux employé-e-s actifs sur le bassin du lac Majeur. Pour les employés de Lugano, le règlement d’entreprise reste en vigueur. La durée de validité de la CCT est de trois ans; elle peut être prolongée.

Les employé-e-s de l’ex NLM conservent l’intégralité de l’ancienneté de service acquise auprès de l’ancien employeur. Durant une période transitoire de 3 ans, les 18 ex employé-e-s NLM bénéficieront d’un fond pour la gestion de la réduction graduelle de l’indemnité de résidence, de 22000 fr. en 2019, de 16000 fr. en 2020 et de 10000 fr. en 2021.

L’évolution salariale des employé-e-s de Locarno et de Lugano sera basée sur l’échelle salariale SNL, de la manière suivante:

  • 1er janvier 2019: + 2%
  • 1er janvier 2022: + 1%
  • 1er janvier 2023: + 2%

Ces adaptations seront octroyées selon les conditions fixées dans le cadre de la conciliation. En ce qui concerne le temps de travail, à partir du 1er janvier 2019, autant à Locarno qu’à Lugano les 42 heures par semaine seront appliquées et un minimum de 90 jours sera accordé pour les jours libres et de compensation (actuellement 86 jours sont prévus par le règlement d’entreprise). Les parties se sont accordées dans le cadre de la conciliation pour ouvrir des négociations afin d’obtenir la garantie de 96 jours au minimum (jours libres et de compensation) dès 2021.

 

La CCT pour un nouveau départ

Editorial de Barbara Spalinger, vice-présidente du SEV

Nous sommes partis d’une grève qui a débuté le 25 juin 2017, d’un conflit d’envergure, de négociations fastidieuses pour enfin arriver à une convention collective de travail en décembre 2018. Ce résultat est d’importance car une CCT ancre toute une série de garanties contractuelles qui définissent clairement les conditions de travail des matelots. Le chemin était semé d’embûches.
Mais le SEV, en particulier le secrétaire syndical Angelo Stroppini a tenu fermement le gouvernail des négociations dans les eaux les plus turbulentes. Pour résoudre le conflit entre les syndicats et la SNL il a fallu faire appel à l’Office cantonal de conciliation.
La tentation de faire une rétrospective est grande, de mentionner les jours de grève, la détermination extrême du personnel, l’énorme et infatigable travail syndical sur le front comme dans les coulisses, la solidarité de la population, l’engagement du politique. Mais paradoxalement, le travail le plus difficile a été réalisé après la grève. Parce qu’il a fallu passer d’une dynamique d’opposition légitime à une logique de confrontation dans des négociations à des conditions souvent très compliquées. Sur ce plan, il est primordial d’avoir une parfaite maîtrise du dossier, de connaître la Loi sur la durée du travail par exemple, qui s’applique dans le domaine des transports publics. C’est le lot quotidien du SEV. Sa longue expérience et ses compétences ont été mises au service du personnel, avec toute la ténacité nécessaire, en collaboration avec les autres syndicats UNIA et OCST.
La conclusion et le renouvellement de conventions collectives de travail sont la tâche principale du SEV, ceci est clairement défini dans les textes d’orientation sur la politique contractuelle et syndicale. Ces documents stratégiques sont discutés et adoptés par le congrès.
Avoir pu conclure une nouvelle CCT en essayant d’obtenir le maximum dans la mesure du raisonnable représente un nouveau point de départ. Parce qu’aujourd’hui, la base de construction contractuelle est solide. Pour les matelots du lac Majeur, cela signifie affronter l’année 2019 avec un cadre bien défini qui devra donner un minimum de tranquillité et de sécurité. Pour le syndicat, cela signifie avoir posé des jalons clairs en ce qui concerne les conditions de travail. Mais il faudra bien sûr contrôler l’application avec toute l’attention nécessaire.

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