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Salaire minimum de la PostCom

18 Fr. 27/heure: insuffisant pour vivre

Le salaire minimum de 18 fr. 27 de l’heure décidé en octobre par l’autorité de régulation postale de la Commission fédérale de la Poste (PostCom) pour le secteur de la logistique se situe en-dessous du salaire minimum de 20 francs pratiqué dans le canton de Neuchâtel et que le Tribunal fédéral a défendu comme le minimum vital. L’USS et l’alliance Fairlog exigent un réajustement à au moins 20 francs.

Daniel Münger, Paul Rechsteiner, Vania Alleva, Giorgio Tuti et Daniel Lampart devant la presse.

Le 23 novembre, le président de l’USS Paul Rechsteiner a réaffirmé devant la presse que celles et ceux qui travaillent à 100% doivent pouvoir vivre de leur salaire. «Quiconque fait travailler autrui à son service doit payer un salaire minimum vital sans que l’Etat doive subventionner les salaires trop bas.» Le Tribunal fédéral a soutenu ce principe puisqu’il a rejeté les plaintes contre le salaire minimum neuchâtelois. «20 francs de l’heure représentent bel et bien un bas salaire mais qui s’aligne sur les prestations complémentaires de l’AVS et de l’AI», a justifié le Tribunal. Toute personne exerçant un travail rémunéré ne devrait pas devoir faire appel à l’aide sociale. «Postcom ne contourne pas seulement ce principe de base mais aussi la méthode de calcul de la commission tripartite pour les mesures d’accompagnement», a déclaré Daniel Lampart, économiste en chef de l’USS.

Au moyen d’enquêtes sur les salaires, elle prend en compte les 50% de salaires moyens et définit la limite avec les 25% inférieurs (quartile) comme salaire minimum. Ainsi, pour la branche de l’économie domestique, des salaires minimaux ont été fixés puis échelonnés d’après la formation et l’expérience professionnelle.

Trop bas et aléatoires

«Le matériel statistique que les experts en marché du travail Yves Flückiger et Roman Graf ont rassemblé pour la branche de la logistique sur mandat de la Postcom aurait donné un salaire minimum de 22 fr. 30 si on avait utilisé la méthode de calcul usuelle», poursuit Daniel Lampart. «Les 18fr.27 sont passablement plus bas que les salaires usuels dans cette branche.» Flückiger et Graf ont en outre indiqué qu’avec la formation et l’expérience professionnelle, les salaires augmentent. Donc, des salaires minimaux échelonnés seraient nécessaires.

Daniel Münger, président de syndicom, critique le fait que «la Postcom, sous son ancien conseiller d’Etat PDC zurichois Hans Hollenstein, ignore les principes scientifiques et les bases de calcul éprouvées. Elle se facilite énormément la tâche en prenant comme base de calcul le dénominateur commun le plus bas possible pour établir le salaire minimum. Elle refuse de se mettre au travail et pratique du dumping salarial légitimé par l’Etat. Les 18 fr.27 ne doivent pas seulement être revus à la hausse mais aussi être différenciés selon les activités et les branches.Pour Giorgio Tuti, président du SEV, «ce salaire minimum bas est un signal catastrophique envoyé à la branche des transports et de la logistique car elle voudra dorénavant prendre ce montant comme point de départ légitime aux négociations puisqu’il est avalisé par les autorités.» Le commerce en ligne profite du dumping dans l’envoi des paquets et dans les centres de distribution. Daniel Lampart craint que la sous-enchère salariale dans la logistique postale augmente aussi la pression sur le commerce de détail qui «ressent aujourd’hui déjà la concurrence des bas salaires de commerçants en ligne tels Amazon et Zalando. Le risque d’une numérisation sur le dos des travailleurs salariés est bien réel.»

Pour Vania Alleva, présidente d’Unia, «le fait que depuis 2012 Zalando ait pu quadrupler son chiffre d’affaires en Suisse pour atteindre 685 mios de francs est aussi dû à l’exploitation de ses collaborateurs». Pour les sous-traitants de Zalando qui s’occupent en Suisse de la marchandise retournée, la pratique courante est d’offrir des salaires bruts de 18 ou 19 francs, le travail sur appel et une énorme contrainte de temps. Selon des articles de presse, dans des centres de distribution allemands, Zalando paie des salaires d’embauche de 12euros79, Amazon de 10 euros50. Pour les envois, les commerçants en ligne collaborent avec des filiales et des sous-traitants de la Poste allemande DHL où les salaires et les conditions de travail sont misérables et ne sont réglés dans aucune CCT.

Markus Fischer
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Action de Fairlog contre Uber Eats

L’alliance Fairlog des syndicats SEV, syndicom et Unia pour le domaine de la logistique a protesté le 22 novembre devant des filiales McDonald à Berne et Genève pour dénoncer la collaboration de la plus grande chaîne de Fast Food de Suisse avec le fournisseur de repas Uber Eats. Ce dernier pratique un modèle commercial qui se base – comme pour le service de taxis Uber – sur l’exploitation de pseudo-indépendants. Ceux-ci travaillent sur appel pour des salaires bradés, ne reçoivent aucune contribution des assurances sociales ni aucun remboursement des frais pour leur outil de travail. Ils ne sont pas non plus assurés contre les accidents bien que de rouler à vélo ou en scooter n’est pas sans danger. Fairlog exige de McDonald qu’il engage ses propres coursiers afin qu’ils soient soumis à la CCT nationale pour la restauration. Cette CCT garantit des conditions d’engagements correctes avec des salaires minimaux, des temps de travail définis et cinq semaines de vacances. Unia a interpellé le département de l’emploi et de la santé de Genève pour qu’il contrôle qu’Uber Eats respecte le contrat de travail cantonal relatif aux salaires minimaux, aux assurances sociales, à la durée du travail, etc. 

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