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La réforme de l’imposition des entreprises III est une attaque frontale contre la classe moyenne

Toutes et tous à la caisse

« Réforme fiscale », ça sonne inoffensif, mais ce que nous a concoté la Confédération est pourtant bel et bien un véritable pillage de nos porte-monnaie.

La Suisse doit adapter sa fiscalité face aux entreprises, qui ne répond plus aux règles internationales. Nous sommes tous d’accord sur ce point-là. Mais ça s’arrête là. En effet, le Parlement a fait de la proposition du Conseil fédéral un festival de déductions fiscales, avec pour conséquence des pertes d’impôts de 2,7 milliards de francs, dont 1,3 à la Confédération et le reste dans les cantons, les villes et les communes. Ce cadeau aux riches et aux grands actionnaires étrangers devrait alors être offert par les ménages suisses, la classe moyenne. Chaque contribuable est concerné, avec une participation de 550 francs en plus chaque année !

Un trou noir

Prisca Birrer-Heimo, spécialiste socialiste des questions économiques, met en garde : « La RIE III est une boîte noire et ses coûts réels sont impossibles à déterminer. Le Conseil fédéral s’est déjà trompé de plusieurs milliards lors de la seconde réforme, évitons un nouveau réveil douloureux ».

Ne seraient-ce que des discussions de gauche ? Aucunement! Même les radicaux se rendent compte des conséquences de telles pertes fiscales. La directrice des finances PLR de la Ville de Bienne, Silvia Steidle, s’engage également contre la réforme fiscale. Elle a donné quelques exemples de conséquences concrètes de la RIE III : « Des lignes de bus devront être supprimées, la piscine couverte fermée, le nombre d’élèves par classe augmenté ou nous devrons couper dans la culture ».

La formation, notre matière première

Les exercices d’économies ont toujours des conséquences sur la formation, les enseignant-e-s le savent très bien et s’engagent contre cette réforme : « La formation est le pilier du bien-être suisse. Les entreprises internationales profitent d’une main-d’œuvre particulièrement qualifiée en Suisse. Le niveau de formation est au moins aussi important dans le choix du lieu d’implantation d’une entreprise que le niveau de sa fiscalité. Couper dans l’éducation aurait des conséquences négatives pour de nombreuses années encore », explique Samuel Rohrbach, président du Syndicat des enseignants romands. Sa collègue Franziska Peterhans, secrétaire centrale de l’organisation faîtière des enseignant-e-s de Suisse nous renvoie à la situation difficile des cantons suisses-alémaniques: « Lucerne a ordonné une semaine de vacances supplémentaires pour les écoles secondaires et professionnelles pour de purs motifs financiers. Dans les faits, le canton a déjà par deux fois depuis 2008 divisé les impôts des entreprises par deux, se privant ainsi de ressources nécessaires ». D’autres cantons ont établi des programmes d’économies similaires. En pâtissent ceux qui ne peuvent pas se permettre d’envoyer leurs enfants dans des écoles privées coûteuses. A long terme, le modèle à succès suisse, tant vanté, risque bien de disparaître.

Projets sociaux sous pression

Les Eglises seraient aussi touchées: L’Eglise réformée de la ville de Zurich, par exemple, risque bien de perdre 10 millions de francs par année. Sur le plan légal, cet argent ne peut pas être utilisé pour des activités liées au culte, puisqu’elles proviennent des impôts des entreprises, mais il sert à des activités sociales de la communauté : « L’argent manquera pour les tables de midi, l’aide ou les foyers d’urgence » explique le pasteur zurichois Res Peter.

Une alliance large

Cette réforme est combattue par une large alliance, qui touchera, outre les petites et moyennes entreprises, les travailleurs-euses, les familles, les écoliers-ères et les retraité-e-s. Ceux qui en profiteront par contre sont les riches actionnaires. L’Union syndicale suisse et le SEV refusent la RIE III. Nous voterons à ce sujet le 12 février 2017.

Peter Anliker/Hes

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