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Journée de formation des femmes SEV

Fierté ou préjugé? Les rôles des genres en mutation

Les femmes SEV se réunissent traditionnellement fin novembre pour leur journée de formation. La cuvée 2016 fut très théorique, mais intéressante, avec quatre intervenantes ayant exposé les fruits de leurs recherches devant l’assemblée.

Violette Wicky und Marie-Thérèse Godel verlassen die SEV-Frauenkommission nach Jahrzehnten gewerkschaftlichen Engagements.

Lucie Waser, déléguée à l’égalité des chances au SEV, et Manuel Avallone, vice-président SEV, ont accueilli les nombreuses participantes à Berne.

Rose et bleu, dès la naissance

Première oratrice, Andrea Maihofer travaille à l’Institut pour la recherche sur les genres à l’Université de Bâle. Ses études sont basées sur le partage du travail dans les foyers et sur l’évolution des familles. Elle se concentre également sur la formation et la carrière des jeunes en Suisse. Lors de sa présentation, elle a rappelé combien un bébé, dès qu’il est né, est traité différemment, selon qu’il soit fille ou garçon. Et combien les parents qui ne font pas cette distinction sont critiqués. On va en effet dire « comme la petite fille est mignonne » tandis que « le petit garçon est tellement costaud ». Andrea Maihofer a énuméré toutes sortes de préjugés encore très forts dans notre société. A l’aide de nombreuses images, elle a illustré ses propos de façon parlante et ludique.

Mobilité : images fortes

Johanna Rolshoven, de l’Institut d’anthropologie culturelle de l’Université de Graz, a également présenté un exposé très illustré, mais traitant cette fois-ci de la mobilité et du lien avec les genres. Les images collectées rappellent combien les femmes étaient « quantité négligeable » le siècle passé, pour tout ce qui concerne la technique et le sport motorisé, entre autres. Les études sur la mobilité étaient faites par des hommes, pour des hommes. On a longtemps pensé que les représentants du sexe masculin étaient plus mobiles que les femmes, ce qui n’était pas du tout le cas! Les femmes se déplacent davantage à pied et en transports publics et sont écologiquement davantage responsables, mais elles ont longtemps été perçues comme trop fragiles pour se déplacer seules!

Quant aux grands champions de Formule 1, de cyclisme, etc., ce ne sont bien sûr que des hommes. Johanna Rolshoven a ensuite cité toute une série de femmes pion- nières dans des mondes d’hommes, comme l’aviation ou les chemins de fer par exemple. Ce sujet n’a pas manqué de susciter la discussion en fin d’exposé, nombre de femmes présentes ayant été confrontées à des difficultés pour entrer dans le monde du rail. En fin de journée, Lucie Waser a pris congé de Violette Wicky et Marie-Thérèse Godel, toutes deux membres de la commission des femmes depuis des années (20 ans pour la première et depuis le tout début, donc 31 ans pour la seconde). Quant à la prochaine journée de formation, elle aura lieu le 24 novembre 2017 et traitera de la gestion de la violence.

Henriette Schaffter

L’image corporelle domine

« Chères personnes avec menstruations », c’est ainsi que la philosophe et auteure Regula Stämpfli a salué ses « spectatrices », parce que c’est bien un spectacle qu’elle a présenté lors de la journée des femmes. Elle a expliqué les changements intervenant au niveau des rôles des genres, d’un point de vue philosophique : « L’image individuelle s’est dégradée en image corporelle: années, kilos et centimètres nous définissent. » Cette image individuelle définit la politique, l’économie, la culture et les médias. « Dans les médias, le modèle est toujours le même: la femme pose les questions et l’homme répond. » Selon elle, les femmes ont huit fois plus de chance que les hommes d’apparaître avec une photo au lieu du nom et de la fonction. Au niveau médiatique, les individus, et surtout les femmes, n’ont de valeur que corporelle. L’appel final de Regula Stämpfli face à son public : « Ne laissez pas tomber, soyez furieuses et dites stop, ça suffit avec ces inégalités! »

Numérisation à tout va

La dernière oratrice de la journée, Marta Kwiatkowski de l’Institut Gottfried Duttweiler, mène des recherches dans le domaine de la numérisation. Elle a abordé l’évolution exponentielle de la technologie et cité une étude de marché de Daimler Benz datant de 1900 :  « La demande mondiale de voitures ne dépassera pas le million, en particulier en raison du nombre limité de chauffeurs. » L’évolution, totalement inattendue, comporte des mégatrends, comme par exemple la globalisation. « Un mégatrend n’est par contre jamais seul, il est toujours accompagné d’un ‹Gegentrend› (tendance inverse) », a expliqué Kwiatkowski. La numérisation à tout va est en effet suivie de la «digital detox», la volonté de tout éteindre. La numérisation rend toute la société plus fluide et les frontières entre sphère privée et sphère publique, entre le monde du travail et celui des loisirs, s’amenuisent. La perception spatiale, ou géographique, disparaît. Nous sommes toujours plus reliés et la mobilité s’améliore. Une participante un peu inquiète s’est hasardée à demander: « Est-ce vraiment encore un monde vivable? » L’oratrice a répondu ainsi : « Nous grandissons dans cette société. Certains sont des ‹ digital natives ›, qui ont grandi avec le tout numérique et ne connaissent rien d’autre. »

Karin Taglang / Hes

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