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Interview de Markus Jordi, chef du personnel CFF

« Une CCT de très bonne qualité »

© SBB CFF FFS

Dans le cadre de notre série dédiée à la politique contractuelle du SEV, nous avons aussi interviewé fin 2020 le chef du personnel des CFF, Markus Jordi. La version complète est sur notre site internet.

Depuis 2007 vous êtes chef du personnel aux CFF et c’est vous qui avez dirigé la délégation de l’employeur lors des trois dernières négociations sur le renouvellement de la CCT. Comment qualifiez-vous la CCT CFF actuelle ?

Cette CCT a toujours été un exemple dans la branche et définit les standards dans le domaine de la mobilité. Elle est à la pointe en ce qui concerne les dispositions contractuelles de manière générale, et de manière particulière la protection des travailleurs et la sécurité sociale. C’est vraiment une très bonne CCT et les deux parties peuvent en être fières!

Lorsque vous êtes arrivé aux CFF, est-ce qu’il y avait dans la CCT des choses que vous trouviez bien et d’autres moins ?

Il faut prendre en considération le contexte historique. J’ai trouvé que les standards de collaboration réciproque étaient très bons, de même que la perception des partenaires sociaux. Par contre de mon point de vue, la mentalité que tout était dû aux cheminotes et cheminots était problématique, et les attentes étaient parfois trop élevées.

Les choses ont-elles entre-temps changé ?

Oui. Je crois qu’aux CFF, on a un peu plus de compréhension pour ces choses-là. Mais je crois aussi que l’esprit d’entreprise a évolué dans l’esprit des partenaires sociaux et que le personnel pense aujourd’hui plus à l’entreprise qu’il y a 20 ans.

Lorsque vous considérez la CCT actuelle, y manque-t-il quelque chose ou aimeriez-vous y supprimer quelque chose ?

Les réglementations sont très denses et donc je pense qu’il ne manque pas grand chose. Il y a bien sûr certains thèmes qui nous dérangent. Le contrat social a le gros avantage de nous permettre de faire de profonds changements sur une base de partenariat social. Toutefois il pourrait aussi amener certains à se sentir en situation de fausse sécurité. Mais nous avons renouvelé la CCT ensemble. Et nous nous sommes un peu rapprochés du standard public. Aujourd’hui nous avons un plan social très bien développé.

Le SEV est devenu particulièrement combatif durant les 20 dernières années. Pour conclure une CCT, il faut presque toujours passer par des confrontations publiques. Comment le vivez-vous ?

J’avais plus de peine avec cela au début. Mais maintenant j’ai compris qu’un syndicat se doit d’user de toutes sortes d’armes pour attirer l’attention sur ses revendications et se montrer fort. L’employeur est en position de force, cela va de soi et en conséquence, le syndicat doit parvenir à influencer les opinions et les positions. Ceci doit obligatoirement se passer face au public. Par contre en matière de gestion des campagnes, les syndicats sont meilleurs que les entreprises. Ceci est indéniable !

Nous allons maintenant pour la première fois négocier la CCT CFF Cargo séparément. Qu’est-ce que cela signifie pour la maison mère ?

Nous suivons cette évolution avec un sentiment mitigé. Dans la branche du transport des marchandises il y a des règles du jeu et des standards spécifiques. Pour cette raison on peut comprendre qu’il faille une certaine flexibilisation.

D’un autre côté, les collègues de Cargo sont dans la voie avec nos gens et ce sont quand même des gens des CFF, donc les structures de gestion du personnel doivent être similaires. Je peux m’imaginer qu’il y aura des différences mais on devra continuer à voir que Cargo est une filiale des CFF.

La part des femmes est nulle aujourd’hui dans la direction du groupe CFF. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné dans la planification du personnel?

Actuellement la situation n’est pas bonne, c’est clair. Notre objectif est d’avoir environ 30% de femmes. Il s’agit d’un mandat. Les CEO de Cargo Schweiz, de Thurbo et d’Elvetino sont toutes des femmes. Parmi les cadres supérieurs nous avons cependant actuellement environ 25% de femmes.

Serait-il possible d’augmenter la part des femmes de manière générale aux CFF par des changements dans les conditions d’engagement et la CCT ?

Nous essayons de le faire depuis des années. Lorsque je suis arrivé, nous avions un taux de femmes de 12% en tout et pour tout, maintenant ce taux est monté à 18%. Actuellement nous augmentons notre quota de 0,6 à 0,8% par année. C’est trop lent et il faut réagir !

Si vous pouviez faire un voeu, que mettriez-vous dans la CCT, une chose que les partenaires sociaux ne pourraient pas refuser ?

(Il réfléchit longuement) J’aimerais conserver les mêmes bases de partenariat social. Mais simultanément, je voudrais que la CCT puisse s’adapter aux modifications des conditions-cadres telles que la numérisation par exemple. Le monde du travail change extrêmement rapidement. Nos conditions-cadres n’ont pas réussi à suivre et on demande toujours plus de flexibilité. Ce serait mon voeu de modifier les structures afin de résoudre cette situation. Le fonds de numérisation est un bon exemple de ce que nous pouvons faire. Je n’ai pas une idée précise mais j’aimerais trouver le moyen de développer le cadre de régulation.

Peter Moor
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