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Bus jurassiens

«Des emplois sont en danger aux CJ après la victoire de CarPostal»

Les chauffeurs dont Jean-Charles Froidevaux militant SEV aux CJ, devant le parlement.

Après l’annonce de la reprise de l’ensemble des lignes de bus jurassiennes par CarPostal dès décembre 2021, le SEV craint des pertes d’emplois aux Chemins de fer du Jura.

«Les CJ conservent quelques lignes de bus dans le Jura bernois mais pas assez pour offrir suffisamment de travail à l’ensemble des conducteurs qu’ils emploient. Ceux qui perdront leur emploi ont la garantie de pouvoir être repris par CarPostal. Au moins ils obtiennent un emploi et seront soumis à une CCT, même s’ils doivent digérer maintenant ce changement d’employeur, commente Jean-Pierre Etique, secrétaire syndical SEV en charge des CJ. Nous sommes toutefois inquiets pour les lignes de bus du Jura bernois et les collègues assurant ces prestations.»

Président de la section VPT du Jura, Aurélien Mouche abonde: «Pour ceux qui conduisent sur ces lignes du Jura bernois ou du trafic urbain de Saint-Imier, le flou demeure. Que vont faire les CJ maintenant avec ce secteur? Le personnel administratif concerné par le secteur bus ainsi que celui de la maintenance sont aussi dans l’incertitude.» Les propos du président du Conseil d’administration dans le Quotidien jurassien ne sont pas rassurants. Maxime Jeanbourquin craint que des licenciements ne soient inévitables, notamment dans l’administration, alors que la taille de l’entreprise sera revue à la baisse. Le directeur des CJ assure lui que le secteur bus restant n’est pas menacé.

Vincent Hennin, membre du comité CJ et député jurassien qui s’est engagé sans compter dans ce dossier, rappelle aussi que l’incertitude vient du fait que la décision n’entre pas encore en force: «Un recours est encore possible de la part des trois entreprises perdantes. Il faut donc encore attendre quelques mois avant de pouvoir réellement imaginer l’avenir. Néanmoins, toutes et tous les employé-e-s concerné-e-s doivent savoir que nous défendrons leurs intérêts auprès de la direction. Il ne doivent pas hésiter à prendre contact avec le comité de la section et le secrétaire syndical Jean-Pierre Etique.»

Le ministre des Transports jurassien David Eray subit déjà les foudres des habitants des Franches-Montagnes d’où il vient. L’identification aux CJ est très forte dans ce coins de pays. Perçu comme un traître, David Eray aura sans doute du mal à se maintenir au gouvernement lors des élections de cet automne. Dans les médias, il s’est défendu d’avoir enfoncé une entreprise, les CJ, dont le principal actionnaire est le canton du Jura. Ces prochaines années, les CJ profiteront d’un investissement de 40 millions pour la ligne Porrentruy-Bonfol, argue David Eray, et de la potentielle réalisation de la ligne La Chaux-de-Fonds-Delémont, encore à l’étude.

4 millions d’économies

Du point de vue financier et par rapport à la situation actuelle, la réduction des indemnités totales atteindra environ quatre millions de francs par an. Les collectivités jurassiennes – canton et communes – bénéficieront d’une économie nette annuelle de plus d’un million de francs avec une offre en hausse de 7%. «Il sera intéressant de voir où ces économies auront été réalisées», observe Christian Fankhauser, vice-président du SEV.

Engagement du SEV depuis 3 ans

Trois ans après la première annonce de la mise au concours des lignes, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Le dossier a fait couler beaucoup d’encre aussi. Christian Fankhauser ne mâche pas ses mots à l’encontre des autorités jurassiennes. «Le Jura a tiré à boulets rouges sur CarPostal. Et aujourd’hui, c’est l’entreprise vouées aux gémonies qui remporte l’ensemble du paquet. C’est l’ironie du sort. Cette mise au concours aura coûté énormément d’argent, de temps et d’énergie à de nombreux acteurs. Elle aura surtout créé de l’inquiétude chez les employé-e-s que l’on a traités comme quantité négligeable.»

Pour le SEV, l’exemple jurassien ne doit pas faire d’émules. Une entreprise peu regardante des conditions d’emploi et des salaires aurait très bien pu remporter la mise. Le Jura a joué avec le feu. Le SEV va suivre avec attention si d’autres cantons jouent aux apprentis sorciers et intervenir pour éviter ces jeux de dupes. Il faut rappeler que d’autres cantons comme Fribourg avaient préféré le dialogue avec les entreprises aux mises au concours.

Le SEV avait critiqué dès mi-2017 cette mise au concours jurassienne et lancé une pétition avec les chauffeurs de bus jurassiens. Fin 2017, elle a été remise aux autorités, munie de 4000 signatures. Elle demandait que l’appel d’offres contienne l’obligation de conclure une CCT avec les partenaires sociaux de la branche et que cette CCT s’appuie sur les conditions d’usage dans la région comme le prévoit la loi jurassienne sur les Transports publics. Outre le soutien populaire, la motion «Mises au concours de lignes de bus: des garanties pour les salarié-e-s et les usagers» a été acceptée fin janvier 2018 par le parlement qui a soutenu à plusieurs reprises la lutte des employés.

Fin novembre 2019, une action de protestation s’est déroulée devant le parlement jurassien avec plus de 100 personnes.

Vivian Bologna

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