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Protection de la santé

Les tpg ordonnent enfin une enquête interne

Les tpg réagissent enfin. Ils ordonnent une enquête interne après les plaintes déposées par une vingtaine de collaborateurs concernant deux cadres "tyranniques". L'enquête sera menée par un partenaire externe. Durant cette période d'investigation, la principale dirigeante visée par les plaintes se retirera de la conduite du personnel. Pour le SEV, la mise à l'écart provisoire de la dirigeante pose question puisqu'elle restera au sein des murs des TPG mais sans charge de personnel. Le SEV avait tiré l'alarme depuis plus de deux ans.

 

Notre article du mercredi 18.11.2020

Au fond, c’est une histoire somme toute banale aux Transports publics genevois (tpg) où le SEV, qui y est très bien implanté, dénonce régulièrement des manquements dans le management, dans le non-respect des règles prévues par le statut ou de la Loi sur la durée du travail, entre autres. Ici, pourtant, c’est le management de bulldozer qui est au coeur des critiques qui plus est dans une entreprise publique. S’agit-il simplement d’un pétard mouillé? D’une «Genferei» de plus? Ou l’oeuvre nauséabonde d’un syndicat refusant tout changement au point de créer de toute pièce un dossier long comme le bras?

Des faits graves

Les faits sont graves et accablants. Depuis deux ans, la secrétaire syndicale SEV Valérie Solano est approchée par plus d’une vingtaine de personnes des secteurs administratifs de l’entreprise, un secteur pourtant habituellement peu enclin à faire appel au SEV. Et ça, en soi, c’est déjà une information qui vaut son pesant de cacahuètes. «Les 19 plaignants et plaignantes dénoncent des attitudes tyranniques et colériques de deux dirigeantes, dont l’une de haut rang. Dans le département de cette dernière, l’absentéisme était de 14% en juillet. Elle vient de l’Administration cantonale où elle n’a pas laissé que des bons souvenirs. Elle a été nommée aux tpg pour les secouer et elle le fait avec le plus grand zèle», souligne Valérie Solano. Elle terrorise les gens et s’immisce dans le micromanagement. A la moindre maladie, on peut être envoyé auprès d’un médecin ou psychiatre-conseil. Des plaignants dénoncent en outre avoir reçu et refusé des ordres peu orthodoxes, notamment lors du décompte des temps de travail en vue de l’obtention du chômage partiel.»

«Grande détresse psychologique»

Avant même la publication de l’article de la Tribune de Genève qui a révélé l’affaire le 6 novembre, la direction a écrit à l’interne qu’elle prenait l’affaire très au sérieux mais conservait sa confiance envers les personnes accusées sans annoncer de mesure d’enquête. «A l’heure où les affaires de harcèlement sexuel et/ou psychologique font la Une des médias romands, l’inaction coupable des dirigeants des tpg est irresponsable. Nous demandons la suspension des personnes incriminées et la prise de mesures immédiates pour protéger la santé des collaborateurs et collaboratrices», poursuit Valérie Solano.

A cette demande concrète, le directeur Denis Berdoz a répondu le 9 novembre en affirmant qu’il ne peut être question actuellement de suspension des personnes incriminées car «l’entreprise est en attente d’informations concernant l’identité même des personnes contre lesquelles des plaintes seraient dirigées». Le directeur ajoute que «notre devoir de protection s’applique à l’ensemble du personnel et réclame que les mesures prises le soient proportionnellement, dans le respect de la protection de la personnalité et en fonction des faits, auxquels nous n’avons pas eu accès (et qui restent à établir)».

Le directeur réfute également les graves accusations concernant de prétendues malversations liées aux demandes d’indemnités de réductions de l’horaire de travail (RHT).

Si ce management affecte actuellement l’ensemble des travailleurs de l’administration, cela se diffuse aussi dans le reste de l’entreprise. Les employés du technique ou de la conduite en arrêt-maladie sont licenciés alors qu’auparavant l’entreprise cherchait des solutions de réinsertion. Au fond, c’est toute la gestion des ressources humaines qui a pris un virage dangereux, laissant des employé-e-s sur le carreau. La situation est gravissime et pourtant les tpg n’agissent pas. «La protection de la santé est une tâche de l’employeur, faut-il le rappeler, souligne Valérie Solano. Si le travail documenté et approfondi de l’OCIRT est mis en doute par l’entreprise, nous demandons une enquête externe sérieuse.»

Il faut dire que l’OCIRT parle dans son rapport au directeur des tpg «de grande détresse psychologique» et «qu’il est rarissime qu’un nombre aussi conséquent de travailleurs viennent témoigner dans notre office pour dénoncer leurs conditions de travail»...

Conseil d’administration sous pression

Reste à voir comment l’entreprise se positionnera face aux informations de l’OCIRT. La direction est sous forte pression, mais le Conseil d’administration l’est tout autant, sinon plus. Informé depuis longtemps de la situation, il n’a pas pris le taureau par les cornes. Le fera-t-il maintenant sur la base du dossier de l’OCIRT ou attendra-t-il d’autres révélations médiatiques?

Vivian Bologna
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