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«Fight for $15»

Etats-Unis : Succès pour les salaires minimums

Aux USA, toujours plus d’Etats augmentent les salaires minimums. A New York, le personnel des fast-foods reçoit 15 dollars de l’heure depuis le 1er janvier. Amazon paie un tel salaire dans tout le pays. Que se passe-t-il dans le pays du capitalisme ?

En avril 2015, le personnel de divers métiers des services avaient fait grève à Los Angeles pour revendiquer un salaire minimal de 15$.

Tout le monde disait: «vous n’avez aucune chance». Mais ils n’ont pas écouté. Lorsqu’en novembre 2012 une centaine d’employés de McDonald’s, KFC et Burger King de New York ont fait la grève le temps d’un service, leur revendication avait soulevé pas mal d’étonnement: ils exigeaient un salaire minimum de 15 dollars de l’heure. Peine perdue, ont déclaré quelques observateurs remplis de bonnes intentions. Car le salaire minimal prescrit par la loi était , dans la ville qui ne dort jamais, de 7,25 $ de l’heure. Même pas la moitié !

Sept ans plus tard, le mouvement « Fight for $15 » a atteint son but : dès le 1er janvier, les chaînes de fast-food de la ville doivent payer à leurs employés un minimum de 15 dollars de l’heure, et les 25 000 employés de l’aéroport profitent également de cette nouvelle règle.

Los Angeles, 15 avril 2015. (Photos: SEIU)

New York n’est de loin pas le seul endroit où l’Etat est venu en aide aux working poor. En effet, 19 Etats et 21 villes ont augmenté la limite des salaires minimaux en début d’année. Aux USA, il y a actuellement un véritable patchwork de règles: le salaire minimum fixé à 7,25 dollars par le Congrès des Etats-Unis en 2009 n’a pas été relevé depuis. Cette limite ne peut pas être dépassée vers le bas par les Etats fédéraux, par contre vers le haut, oui. Ainsi, les entrepreneurs en Alabama continuent de payer leur personnel 7,25 $ de l’heure mais dans le Dakota du sud, ils doivent octroyer 9,10 $ de l’heure et dans l’Etat de Washington, 12 $ de l’heure. La ville de Seattle, siège d’Amazon et de Starbucks, qui se trouve dans cet Etat, prescrit même un minimum légal de 15 $, resp. 16 $ pour les grandes entreprises.

C’est « Fight for $15 », avec sa campagne alliant judicieusement l’activisme bruyant de la base à un lobbyisme virulent sur le plan politique, qui a permis d’obtenir ceci. Mais c’est surtout le syndicat SEIU qui est aussi derrière tout ça.

Votations populaires pour arriver plus vite au but

Ces dernières années, le mouvement pour les salaires minimums a pris un chemin qui lui a permis d’arriver plus rapidement au but : les votations populaires. « Avant 2010, les initiatives des électeurs étaient en première ligne un instrument de la droite pour faire passer les thèmes des conservateurs. Puis soudain la gauche s’est réveillée » a expliqué au « Washington Post » Heidi Gay, co-présidente de National Ballot Access.

Il s’avère que même dans le pays où le capitalisme est roi, de nombreux citoyens aimeraient pouvoir bénéficier de la protection de l’Etat. Durant les dernières années, les électeurs ont voté dans 12 Etats en faveur d’une hausse des salaires minimaux. Ceci même en Arkansas et dans le Missouri par exemple, où un certain candidat du parti républicain très proche du marché, Donald Trump, a reçu un large soutien lors des présidentielles en 2016. Et lors des élections de mi-mandat l’année passée, les conservateurs ont aussi tout raflé en Arkansas. Mais les démocrates ont tout même gagné une chose le jour de la votation: la campagne sur les salaires minimums. Cet Etat va maintenant relever les salaires par étapes jusqu’à parvenir aux 11 $ de l’heure en 2021, ce sera le taux minimum le plus élevé de tous les Etats si on le compare au pouvoir d’achat et aux salaires moyens. Car l’Arkansas est l’un des Etats les plus pauvres des USA.

A New York, ces 15 $, les salarié-e-s en ont bien besoin. Ainsi p. ex., Theresa Borkowski, 33 ans, diplômée de l’Université des Etats-Unis d’Amérique, a parfaitement décrit dans le « Wall Street Journal » ce pour quoi elle dépense son salaire durement gagné durant sa semaine de 48 heures composée de deux jobs différents : pour sa chambre dans un appartement communautaire à Brooklyn, elle verse 1050 $ par mois, 300 $ par mois vont au remboursement de son crédit d’études, 100 $ pour le métro, 93 $ pour le téléphone. Pour se nourrir de produits frais, elle met 50 $ par semaine. Selon les calculs des économistes de la MIT, une école supérieure de grande renommée, un adulte travaillant à plein temps a besoin de 16,14 $ de l’heure pour pouvoir vivre dans le secteur de Manhattan. Dans la capitale, à Washington, il faut même 17,11 $ pour vivre, par contre en Arkansas, 10,38 $ suffisent.

Amazon montre l’exemple

En Allemagne comme aux USA, les économistes se disputent : les salaires minimums sont-ils utiles ou dommageables pour l’économie et les salarié-e-s ? Et s’ils sont utiles, à partir de quel montant ? Le moment est favorable pour « Fight for $15 ». Grâce à la conjoncture florissante, le nombre de postes disponibles dépasse actuellement celui des personnes en recherche d’emploi.

Amazon a annoncé l’automne dernier de lui-même un salaire minimum de 15 $ pour son personnel américain. La chaîne de discount Target veut s’aligner d’ici 2020, alors que le grand distributeur Walmart est à la traîne avec ses 11 $ de salaire-horaire pour les nouveaux arrivants. Il est dans la ligne de mire des activistes pour cette raison. « Le personnel de Walmart en a marre de travailler pour des salaires de misère. Je dis à la famille Walton, fondatrice de Walmart : faites ce qui est juste, et versez à votre personnel un salaire qui lui permette de vivre », écrit le sénateur de gauche Bernie Sanders sur twitter. Il aimerait introduire une loi qui interdise aux grands groupes de racheter leurs propres actions s’ils n’octroient pas à leur personnel au moins 15 $ de l’heure.

Pouvant marquer des points avec ce thème, beaucoup de politiciens américains se sont débarrassés de leurs derniers doutes en matière de conséquences macroéconomiques. La présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi tient aussi parole vis-à-vis de ses électeurs. En 2017, elle a promis, en cas de prise de pouvoir de son parti, d’adopter « dans les 100 premières heures » un projet de loi visant à augmenter les salaires minimums dans tout le pays de 7,25 à 15 $. Majoritaires au Congrèsdepuis novembre 2018, les démocrates ont tenu parole.

Ines Zöttl, Washington
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Commentaires

  • Gilbert ESCHER

    Gilbert ESCHER31/01/2019 07:22:21

    Triste de lire que le point fort de l'année sera une grève. De plus en plus je dois constater que la ligne SEV est alignée sur un modèle de confrontation plutôt que de négociation, politique copiée par des dirigeants SEV inspirés par des mouvements courants en France ou en Italie. Souvent, est c'est peut être une des raisons, les initiateurs de cette ligne d'actions dommageables, sont originaires de ces pays.

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