Nouvelle initiative contre le service public audiovisuel
Le personnel de la RTS dit « Ça suffit ! »
Depuis des années, la SSR et le service public audiovisuel suisse sont sous le feu des attaques. Le personnel de la RTS en subit les conséquences en première ligne. Il donne ici son point de vue dans un manifeste dont nous publions un extrait.

Une nouvelle salve se présente désormais sous la forme de l’initiative dite « 200 francs, ça suffit ! » qui entend diviser par deux le budget de la SSR et sur laquelle le peuple suisse se prononcera le 8 mars 2026.
Elle vient des mêmes initiant·es –UDC, Jeunes Libéraux-Radicaux, USAM – qui ont déjà essuyé une cinglante défaite en 2018 avec l’initiative « No Billag », balayée par plus de 70 % de la population.
Ils reviennent à la charge avec, cette fois-ci, un texte au titre trompeur. Car non, 200 francs, ça ne suffit pas ! L’accepter reviendrait à démanteler le service public, attaquer son indépendance et l’empêcher de remplir sa mission, plus nécessaire que jamais : assurer la pluralité, la représentation des régions et des minorités, le soutien à la culture et au sport et, dans notre démocratie semi-directe, représenter un maillon essentiel de la formation de l’opinion publique [...].
Ce qui « suffit », c’est de s’en prendre au service public pour ouvrir la voie à des intérêts privés, au risque de voir proliférer le fait divers plutôt que l’analyse, et la polémique au lieu du débat [...].
Ce qui « suffit », c’est de voir chaque année des collègues disparaître par dizaines dans des licenciements collectifs – programmés jusqu’en 2029 et d’assister à la perte de compétences et de savoir-faire essentiels à la qualité de l’offre.
Ce qui « suffit », c’est le climat de travail mortifère imposé à celles et ceux qui restent, la surcharge et les burn-out et la dégradation continue de nos conditions de travail.
Ce qui « suffit » enfin, c’est de réduire sans fin les moyens de tous les métiers qui contribuent à la fabrication de ces contenus, de l’information au divertissement, du sport à la culture.
Remplir notre mission entraîne nécessairement un coût. Si la répartition et l’efficacité peuvent être débattues, la réponse ne peut se résumer à une coupe à la tronçonneuse. La SSR est une institution imparfaite, mais d’intérêt général, qui crée du lien entre les différentes régions de Suisse et les expressions de sa diversité culturelle. [...].
Grâce à la redevance, nous pouvons tester, enquêter ou dénoncer. Nous pouvons développer des offres qui ne sont pas rentables, mais qui ont une valeur démocratique, culturelle, citoyenne et qui relèvent de notre identité nationale [...].
Si l’initiative « 200 francs, ça suffit ! » est acceptée, la SSR n’aura plus les moyens de remplir ces missions, en particulier en Suisse romande et au Tessin. Le public devra se contenter de contenus alémaniques sous-titrés [...].
Pour toutes ces raisons, le personnel de la RTS prend aujourd’hui la parole pour dire « ÇA SUFFIT ! » et invite la population suisse à rejeter cette initiative.
Le personnel de la RTS
Plus d’argent dans le porte-monnaie ?
Commentaire de Reto Wyss, USS. L’initiative « 200 francs, ça suffit » n’y changera rien. Jamais on n’avait vu les partisans de l’initiative SSR se préoccuper autant du pouvoir d’achat de la population active que dans cette campagne de votation.
En Suisse alémanique, les auteur·es de l’initiative « 200 francs, ça suffit » font campagne avec le slogan « Mehr Geld für unsere Büezer » (c’est-à-dire « Plus d’argent pour nos travailleuses et travailleurs »). Difficile de faire plus grossier et plus éhonté. Car la recette pour faire économiser de l’argent aux salarié·es ou augmenter leur pouvoir d’achat est simple. Il suffit d’accorder des salaires et des rentes décents, ainsi que des loyers et des primes abordables. Si l’on obtient des améliorations tangibles dans ces quatre domaines, l’essentiel sera atteint.
Or les promoteurs de l’initiative SSR sont aussi les plus grands adversaires du pouvoir d’achat, et mènent actuellement une vaste offensive contre les salaires minimums légaux et pour l’extension du travail dominical et de nuit.
Même logique pour les rentes. Les partisans de l’initiative s’attaquent systématiquement à l’AVS, avec un objectif unique : relever l’âge de la retraite et abaisser les rentes. Idem pour les primes maladie. Les mêmes refusent tant d’augmenter les subsides que d’introduire des primes fixées en fonction du revenu.
Restent les loyers. Sur ce terrain, Gregor Rutz, pourfendeur en chef de la SSR et figure de proue des propriétaires immobiliers en Suisse, s’emploie au quotidien à garantir que la population active et locataire ne bénéficie d’aucun allégement.
Certes, les petites économies finissent par s’additionner. Ne nous y trompons pas. 100 francs par an représentent 27 centimes par jour, soit un café crème toutes les deux semaines… à partager avec toute la famille. L’effet de l’initiative sur le pouvoir d’achat est dérisoire pour les ménages. Pour les grandes entreprises en revanche...
Que l’initiative SSR ne vise ni à améliorer le pouvoir d’achat des salarié·es, ni à définir plus précisément la mission du média public, mais bel et bien à démanteler la SSR n’est pas une surprise.