Démantèlement chez CFF Cargo : Urgence à tirer la sonnette d’alarme
Il y a environ une année, CFF Cargo a publié la première étape du programme de réorganisation « G-enesis ». L’entreprise devrait prochainement mettre en consultation aux partenaires sociaux la 6e étape, qui touche beaucoup plus de collaborateurs·trices que les précédentes. « C’est le dernier moment pour tirer la sonnette d’alarme avant que des dommages irréversibles ne s’abattent sur le transport ferroviaire des marchandises en Suisse », prévient Philipp Hadorn, secrétaire syndical SEV responsable du dossier CFF Cargo, à l’attention des CFF et du politique.

Jusqu’ici cinq procédures de consultation ont eu lieu sous le titre « G-enesis ». Elles concernaient des projets de démantèlement au niveau du trafic par trains complets, du trafic combiné non accompagné, des services administratifs et des cadres. La 6e étape de démantèlement s’attaque quant-à-elle à la substantifique moelle du trafic marchandises : la production dans la surface.
La prochaine étape de « G-enesis » constitue-t-elle une menace de suppressions massives de postes ?
Philipp Hadorn : Ceci est à craindre, car la 6e étape touche des catégories professionnelles qui comptent beaucoup de collaborateurs·trices alors que, dans les autres procédures de consultation, environ un tiers des postes étaient touchés par l’ensemble du programme de réorganisation « G-enesis ». Sur certains sites, il se pourrait que le personnel des locs ou de la manœuvre soit en partie, voire complètement supprimé, respectivement déplacé sur d’autres sites. Étant donné que l’on veut simplifier le modèle de production du trafic par wagons complets isolés (TWCI) d’ici 2027 afin de produire à moindres coûts, on peut redouter des suppressions massives de postes.
Mais grâce à la CCT conclue entre le SEV et CFF Cargo, le personnel concerné ne pourra pas se retrouver à la rue l’année prochaine ?
Tou·tes les collaborateurs·trices soumis·es à la CCT sont protégé·es contre les licenciements en raison de réorganisations, pour autant qu’ils·elles travaillent aux CFF depuis au moins quatre ans. En clair, CFF Cargo doit proposer à ces personnes un autre poste convenable en cas de suppression de leur poste. De plus, leurs salaires actuels sont protégés par des droits acquis de durée limitée. Cependant, la restructuration peut signifier pour certain·es collègues d’importants changements, en particulier concernant le lieu de travail. Par exemple, ils·elles devront envisager d’avoir une chambre sur le nouveau site de travail ou de déménager, même s’il est possible de concevoir des phases de transition. Pour le personnel plus âgé, une solution possible sera la retraite anticipée. Bien entendu, le SEV est là pour tous ses membres, prêt à agir et à les conseiller. Nous espérons aussi que CFF Cargo saura faire preuve de discernement, de même que le politique, de manière à pouvoir éviter un démantèlement drastique.
Pourquoi le politique devrait-il tirer la sonnette d’alarme ? CFF Cargo a communiqué que le TWCI, réduit dès 2027, allait encore transporter 98 % des wagons marchandises actuels, même avec moins de points de desserte, car il sera plus flexible. Alors, est-ce que tout cela pourrait ne pas être si grave ?
Les projections ne sont que des estimations. Le SEV pense que ces prévisions de CFF Cargo sont beaucoup trop optimistes. Cela est déjà arrivé lors des dernières réorganisations durant ces vingt dernières années. On a toujours prétendu « économiser sainement », dans le sens qu’on a renoncé aux transports non rentables en tablant sur des volumes de transport stabilisés à bas niveau afin de sortir des chiffres rouges. Cependant, cet objectif n’a jamais été atteint, c’est incontestable. La véritable raison de cette situation est qu’avec les conditions cadres actuelles, le transport routier est beaucoup trop bon marché comparé au rail. Aussi longtemps que ce sera le cas, honnêtement, le TWCI ne sera jamais rentable. Il a besoin d’un soutien étatique pour pouvoir survivre, de manière illimitée C’est un problème structurel du TWCI depuis des années, en Suisse et en Europe. La nouvelle campagne #SaveRailFreight d’ETF exige des indemnisations de l’État pour le TWCI.
Pourquoi l’État devrait-il soutenir le TWCI si les camions roulent à moindres frais ?
Parce que le TWCI est d’une bien plus grande utilité pour l’économie nationale que les subventions qui doivent être investies pour lui : il produit moins d’émissions polluantes et de bruit que les camions, contribue à la sécurité de la desserte nationale en tant qu’alternative à la route qui est actuellement complètement saturée, sans oublier tous les camions supplémentaires qui déferleraient en conséquence d’un démantèlement du TWCI. Et le rail, comparé aux camions, a aussi besoin de moins d’énergie et de place.
Qu’est-ce qui plaide contre les projets de démantèlement de CFF Cargo dans le TWCI ?
Le marché va se redresser et le rail sera alors très demandé pour les transports. CFF Cargo y sera mal préparée vu la réduction de capacité projetée et ne pourra même pas récupérer les contrats perdus. Ce démantèlement signifie une perte de savoir-faire vu les départs, y compris ceux au moment de la retraite. Ainsi, le manque de personnel qualifié sera encore accentué.
Markus Fischer