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Nettoyage des WC : L’allocation est méritée et doit être maintenue

La direction de la mise à disposition des trains (ZBS) du trafic voyageurs CFF a informé le personnel le 1er février qu’elle n’était pas tenue de verser une allocation pour travaux pénibles pour le nettoyage des toilettes. «En raison de changements dans le système», cette allocation n’est plus enregistrée automatiquement depuis le début de l’année. Dès qu’une décision définitive sera prise, le personnel sera informé. Le SEV exige le maintien de cette allocation car elle est justifiée et importante pour la motivation du personnel.

Quand monsieur et madame Tout-le-Monde rentrent de soirée ou d’un rassemblement quelconque tard la nuit ou très tôt le matin en RER, souvent les toilettes affichent une image peu ragoûtante. «Les cuvettes sont bouchées par des vomissures ou autres», raconte une collaboratrice qui nettoie les trains dans une installation d’entretien des CFF. «Le sol est inondé, il y a des giclures sur les parois, des matières fécales partout.» Ce n’est pas très agréable de devoir enlever ces saletés: pas seulement à cause de la vision d’horreur et de la puanteur mais aussi parce que le travail est particulièrement laborieux et astreignant. Car mis à part le nettoyage, il faut trimballer les appareils et déambuler sur le ballast par tous les temps. «Nous devons désinfecter les toilettes, avons besoin de matériel spécialisé tel que des aspirateurs à liquides et devons travailler dans la voie pour vider les toilettes bouchées avec les techniciens appelés à la rescousse.»

L’allocation pour travaux pénibles était octroyée aussi pour effacer les graffitis mais les CFF la remettent en question. Cette tâche est très désagréable et difficile. La collègue l’a expérimentée: «il faut utiliser des produits chimiques puissants et se tenir debout sur des grilles et des échelles dans des positions inconfortables.»

La collègue trouve dès lors que l’allocation pour travaux pénibles est justifiée dans les deux cas. «Cette allocation doit être versée à celles et ceux qui accomplissent véritablement ce genre de tâches et pas aux chefs de teams par exemple, car ils ne mettent pas eux-mêmes la main à la pâte.»

Bases juridiques

Les indemnités pour les tâches particulièrement pénibles ont une longue tradition aux CFF. Elles sont réglées par le règlement R 113.2 datant de 1987 intitulé «Indemnité pour travaux particulièrement pénibles». Cette notion est définie dans l’article 1 qui stipule qu’il s’agit d’activités «qui salissent outre mesure, qui sont répugnantes ou particulièrement désagréables d’une autre manière.» Ce règlement est précisé par l’instruction P 142.5 datant de 2013. L’annexe qui établit la liste des travaux donnant droit à l’indemnité mentionne entre autres le nettoyage des WC dans les voitures (nettoyage de base ou d’appui) et l’élimination des graffitis à l’intérieur et à l’extérieur des véhicules pour l’indemnité de classe 2, qui correspond selon le règlement à 1 fr.45 de l’heure.

Toutefois l’instruction précise au chiffre 2 que «les activités similaires énoncées dans la description du poste et faisant partie du domaine d’activité ne sont pas considérées comme des travaux particulièrement pénibles. Il en a été tenu compte lors de la classification du poste.» C’est donc pour cette raison que l’on envisage de supprimer dès 2020 les allocations pour le nettoyage des WC et l’élimination des graffitis pour le personnel de nettoyage dans les installations d’entretien. C’est ce qu’a expliqué le responsable du trafic voyageurs le 12 mars dernier, lors d’une séance avec le SEV qui était intervenu. En effet, dans les nouvelles descriptions de poste entrées en vigueur au 1er janvier 2018, les deux activités sont mentionnées parmi les tâches principales, elles ne donnent ainsi plus droit à l’allocation.

Le secrétaire syndical SEV Jürg Hurni ne comprend pas un tel argument: «Les CFF ont introduit cette phrase de manière unilatérale dans l’instruction. Ils doivent l’annuler et continuer d’octroyer cette allocation qui n’est que justice pour ces employé-e-s, et qui revêt une grande importance au niveau de la motivation.» Etant donné que les chefs d’équipe font le compte-rendu de ces travaux, l’attribution des allocations est facilement réalisable et ne représente pas une grande charge administrative.

Economies sur les bas salaires?

Le secrétaire syndical Christoph Geissbühler s’insurge contre la suppression de cette indemnité en particulier parce que «cela touche les collaboratrices et collaborateurs avec les plus bas revenus et représente en tout quelque 200 000 francs par année: rien du tout comparé au bénéfice de 568millions de francs réalisé par les CFF l’année passée. Cependant pour les 510 personnes touchées, ces indemnités représentent un complément de salaire non négligeable.» C’est pour cette raison que le SEV exige qu’elles soient maintenues.

Comment «notre» collaboratrice du service de nettoyage réagirait à la suppression de cette allocation? Est-ce qu’elle nettoierait moins bien les toilettes? «Non, bien sûr que je continuerais de faire mon travail le mieux possible car des toilettes propres sont le b.a.-ba de l’hygiène dans un train. Mais je ne comprendrais pas une telle décision et je peux m’imaginer que les tours de service prévoyant le nettoyage des WC deviendront impopulaires. Cela n’aiderait pas en ce qui concerne notre motivation.» Christoph Geissbühler ajoute qu’une telle pratique envers le personnel de nettoyage est en contradiction totale avec les mesures prises jusqu’ici par les CFF pour avoir des trains propres. Pour cette raison également le SEV tient à conserver cette allocation et interviendra si nécessaire auprès de la direction du groupe.

Markus Fischer

 

 

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