Licenciements massifs chez Newrest: « Erreur classique de gestion »
L’opérateur de trains de nuit Newrest licencie jusqu’à fin avril une trentaine de collaborateurs à son siège de Zurich. Ces licenciements massifs concernent l’ensemble du personnel roulant des trains Nightjet du site de Zurich. Le SEV critique vertement ces licenciements massifs et a obtenu des mesures sociales pour les employés de Newrest impactés.

« Nous assistons ici à une classique erreur de gestion, et les mauvaises décisions stratégiques de l’entreprise sont aujourd’hui répercutées sur le dos des collaborateurs. Or, ce n’est pas au personnel de payer pour les risques pris par l’entreprise », estime Barbara Keller, vice-présidente du SEV. Elle se dit déçue par le procédé de Newrest, car beaucoup des employés impactés ont travaillé dans des conditions précaires et disposent d’une faible couverture sociale. Pour Barbara Keller, il est évident que des mesures approfondies auraient été plus appropriées que celles qui ont été convenues. Ce qui choque tout particulièrement la vice-présidente du SEV, c’est la façon de procéder de Newrest dans le recrutement du personnel. L’entreprise a en effet fait miroiter aux futurs collaborateurs des possibilités de développement dans le secteur des chemins de fer. Aujourd’hui, on les plonge de manière on ne peut plus abrupte dans un abîme d’insécurité, juste parce que le management a perdu de l’argent par imprudence. « La responsabilité sociale ne doit pas être sacrifiée sur l’autel du profit », insiste la vice-présidente du SEV.
L’entreprise
L’entreprise française Newrest a son siège principal à Vienne. Elle est partenaire contractuelle des Chemins de fer autrichiens (ÖBB) et responsable de la gestion des passagers, de la sécurité dans le train et du contrôle des billets dans tous les trains Nightjet. Le personnel de Newrest reprend ces activités aux CFF, qui sont compétents jusqu’à la frontière.
Newrest n’a monté son siège de Zurich que l’année passée, afin d’avoir du personnel sur place pour les divers trains de nuit en partance de Suisse. Dès le début, la recherche de personnel en Suisse s’est avérée difficile, car Newrest proposait un salaire mensuel inférieur à 4000 francs. Après moins d’une année d’activité, l’entreprise établie à Zurich tire donc la prise et met à la rue jusqu’à 30 employés d’ici fin avril.
Le personnel des trains de nuit – également pour les trains à partir de Zurich – est désormais censé venir d’Autriche ou de pays d’Europe de l’Est limitrophes, apprend-on dans le Tagesanzeiger du 12 février. Il faut savoir que le salaire mensuel des employés de trains de nuit provenant d’Autriche se situe à 2800 euros bruts. Il ne s’agit ni plus ni moins que de dumping salarial, précise Barbara Keller. « C’est ainsi que Newrest contourne la CCT en vigueur en Suisse et pratique le dumping salarial. Au bout du compte, ce sont les employés qui y perdent », explique-t-elle.
Accord avec mesures sociales
Le SEV adresse de vives critiques à Newrest et somme l’entreprise d’assumer ses responsabilités. Après d’intenses discussions menées dans le cadre de l’obligation de consultation prescrite par la loi, Newrest s’est déclaré disposé à conclure un accord avec le SEV prévoyant des mesures comparables à un plan social. L’entreprise a partiellement pris en compte les exigences formulées par le SEV. « Concernant la compensation financière, nous avons exigé davantage », poursuit la vice-présidente du SEV. « L’un dans l’autre, nous avons obtenu beaucoup, y compris des choses que Newrest n’aurait pas été tenu de concéder ».
Après que les collaborateurs eurent été informés des licenciements, le choc et la déception étaient immenses parmi les personnes concernées. « Pour moi, il s’agit là d’une d’un comportement écœurant et inacceptable. Dans cette affaire, la direction a absolument tout fait faux », a déclaré un collaborateur touché par la mesure. Et un autre d’ajouter : « Un licenciement de masse reste un licenciement de masse. Déplorer l’affaire dans une lettre ne remplacera ni la prudence et la sécurité dans la planification, ni le respect dans les relations avec les employés ».
La situation a engendré une énorme insécurité, raison pour laquelle les collaborateurs ont accepté avec reconnaissance le soutien apporté par le SEV, rapporte Barbara Keller.
Mesures pour les concernés
L’accord prévoit que les collaborateurs licenciés perçoivent tous les mêmes prestations de soutien et d’indemnisation. C’est-à-dire également le personnel administratif déjà licencié. Le SEV est autorisé à soutenir les personnes impactées et à accompagner la mise en place de l’accord. Il se tient à leur côté en soutien durant l’intégralité du processus.
Parmi les mesures essentielles, mentionnons notamment :
- Indemnité de départ équivalant à 1,5 mois de salaire (au pro rata en cas de départ, resp. de nouvel engagement avant le 30.4.26), mais au moins un demi-salaire mensuel garanti.
- Délai de licenciement prolongé d’un mois ((jusqu’au 30.04.2026)) pour les conductrices et conducteurs de locomotive.
- Délai de licenciement prolongé d’un mois (jusqu’au 30.04.2026) pour les conductrices et conducteurs de locomotive.
- Aide à la recherche d’emploi et à la réorientation professionnelle, incl. période de candidature rémunérée.
- Primes augmentées : en mars, les primes accordées seront majorées de 1,5 fois et doublées en avril.
Du point de vue du SEV, ces mesures constituent une atténuation indispensable, mais forcément limitée des conséquences sociales de ces licenciements. « Vu la situation, ces indemnisations financières sont absolument indispensables, surtout parce que de nombreux employés n’étaient engagés que depuis peu et ne disposaient guère de couverture sociale. Pour eux, des indemnités de départ substantielles s’imposaient », estime Barbara Keller, vice-présidente du SEV, qui ajoute : « D’une manière générale, nous soutenons les trains de nuit, car ils sont une alternative durable et attractive au transport aérien. Ils renforcent également les transports publics en Suisse et en Europe. Mais ces trains ne sauraient être exploités au détriment du personnel et dans des conditions de dumping salarial. »