1er mai: Suffisamment de moyens pour des transports publics forts !
Depuis 1890, le 1er Mai, la Fête internationale des travailleurs, est la journée commémorative la plus importante du mouvement syndical. Le SEV sera présent dans beaucoup d’endroits et prendra part aux cortèges ainsi qu’aux discours. Interview sur le 1er Mai avec le président SEV Matthias Hartwich.

Matthias Hartwich, est-ce que ce 1er Mai sera différent de celui des autres années ?
Chaque 1er Mai est un peu différent parce les défis ne sont pas les mêmes. Cette année est spéciale car nous sommes en pleine discussion au sujet de l’initiative du chaos. Beaucoup de collègues ne voient pas de rapport entre cette initiative et les syndicats. Cependant, elle nous touche très directement d’un point de vue de politique syndicale. Simultanément, nous ne voulons pas négliger nos thèmes traditionnels : la journée de travail de huit heures, l’amélioration des droits des travailleurs·euses. Cela, nous le revendiquons toujours, depuis 136 ans, depuis que nous fêtons le 1er Mai !
L’initiative du chaos veut limiter la population de la Suisse à 10 millions. L’UDC la nomme « l’initiative pour la durabilité » et prétend qu’elle rendra la Suisse plus respectueuse de l’environnement, qu’elle permettra de faire baisser les loyers et donnera plus de travail à tous. Pourquoi les syndicats sont-ils contre cette initiative ?
Cette initiative est tout sauf durable. Ses auteurs ne disent pas ce qu’elle implique réellement. Ils ne se préoccupent pas de protéger les salaires ni les employé·es suisses. Bien au contraire ! Si elle est acceptée, l’initiative déclenchera une érosion de la protection salariale et d’éléments centraux des bilatérales ; l’extension simplifiée des conventions collectives de travail, les mesures d’accompagnement, les contrôles... tout cela sera remis en question. L’initiative est une énorme imposture qui met en danger la stabilité économique de notre pays, donc aussi nos transports publics (TP). Et encore une chose : en cas d’annulation de la libre circulation des personnes, c’est tout Schengen qui tombera. Ainsi donc les conséquences seront à l’opposé de ce qui est promis.
Ce n’est pas seulement l’initiative du chaos qui menace les conditions de travail du personnel des transports, mais aussi le politique, qui veut économiser un peu partout, donc aussi dans les TP. Cependant, certaines interventions politiques visent à promouvoir les transports publics. Le groupe « Agissons » veut lancer une initiative qui propose la gratuité des TP dans toute la Suisse. Au premier coup d’œil cela fait bonne impression. Non ?
Oui, comme beaucoup d’autres choses qui ont l’air positives et sociales à première vue. Mais aucun transport public n’est gratuit. Les coûts sont bien là, alors la question est : qui paiera ? Aujourd’hui la clientèle assume la moitié des coûts environ, le reste étant supporté par des subventions et les entreprises elles-mêmes. Pour pouvoir supprimer la part prise en charge par la clientèle, il faut préalablement définir comment cette somme doit être compensée. Sinon la conséquence pourrait être une détérioration de l’offre, des salaires à la baisse et une mise en danger générale des TP. C’est ce qui s’est produit chez nos voisins avec le « Deutschland-Ticket ». Nous voulons de meilleurs transports publics et non pas qu’ils soient sous-financés. Le service public est un droit fondamental et ce droit doit disposer d’un financement viable. La gratuité des transports publics est une bonne chose uniquement si cette question est résolue et si les conditions de travail du personnel sont durablement garanties.
Il faut donc pouvoir compter, à l’avenir encore, sur un soutien financier efficient pour les TP. Toutefois en ce moment il semble que c’est le contraire qui se passe. Le Parlement vient de supprimer la contribution pour les trains de nuit. Est-ce un revers ?
Les trains de nuit sont une belle offre, j’aime bien les prendre personnellement. Cependant leur exploitation n’est pas rentable. Si on veut les soutenir sur un plan politique il faut être prêt à investir de l’argent pour cela. Ce que nous ne pouvons pas admettre, c’est que les trains de nuit soient financés via un dumping salarial et social. La question est de savoir s’il y a de la demande. Combien un voyageur serait-il prêt à débourser ? Et que paierait en plus la collectivité pour un tel service ? Sans ces réponses, les trains de nuit restent déficitaires et menacent de devenir des produits de niche hors de prix.
Le transfert du trafic stagne, entre autres parce que les véhicules à énergie fossile sont soutenus directement ou indirectement. Actuellement la menace plane sur le prix du pétrole. Est-ce une chance pour les transports publics ?
On pourrait dire que c’est une chance. Nos collègues se trouvent du bon côté de la balance : les TP sont durables, ils préservent les ressources et nécessitent moins d’énergie fossile. Mais le prix du pétrole n’est pas l’unique facteur qui peut inciter les gens à changer leur manière de penser. Dans toute l’Europe il y a encore une multitude de choses qui rendent les transports routiers plus attrayants par rapport au rail. Les infrastructures routières profitent de subventionnements importants. Les chauffeurs poids-lourds sont exploités de la plus vile des manières et beaucoup de gouvernements européens ferment les yeux. Donc le rail ne peut pas être concurrentiel. C’est pourquoi il faut plus de soutien en faveur du transport ferroviaire, aussi bien des voyageurs que des marchandises.
Il existe donc toujours beaucoup de raisons pour nous faire descendre dans la rue le 1er Mai prochain ?
Oui ! La revendication de base est encore d’actualité : huit heures de travail, huit heures de loisirs, huit heures de repos. Nous voulons protéger les TP et le service public, et avoir de bonnes conditions de travail, ainsi que la sécurité pour le personnel et la clientèle. Nous avons besoin d’un réel tournant en matière de transports : davantage de transports collectifs, moins de trafic individuel. Et nous avons besoin de stabilité et non pas de chaos ! Le 1er Mai n’est pas du folklore mais la journée de la solidarité entre tou·tes les travailleurs·euses, dans le monde entier.
Michael Spahr
Plus d’informations sur le 1er mai: 1er mai : Défendre les salaires et les emplois