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Journée des syndicats dédiée au service public

Défendre le service public

Le néolibéralisme met la pression sur le service public. Si des prestations publiques devaient disparaître, de larges parties de la population seraient fortement prétéritées. Les syndicats ne laisseront pas faire.

Le journaliste Martin Heule a animé la discussion à laquelle ont participé Barbara Egger, conseillère d’Etat bernoise et Pierre-Yves Maillard, conseiller d’Etat vaudois.

La première journée des syndicats axée sur le service public avait eu lieu en février 2014. Cette fois-ci, de nombreuses personnes actives dans le secteur public, des représentants du monde scientifique et politique sont venus débattre des problèmes rencontrés, des solutions et des stratégies de défense à mettre en place.

Mot-clé : « l’innovation »

Après les salutations du président SEV Giorgio Tuti, un représentant scientifique s’est exprimé à la tribune. Professeur à l’université de Saint-Gall, souvent considéré, avant, comme le fer de lance du libéralisme, Franz Schultheis était un invité qui a surpris nombre de participants. Le sociologue a parlé des changements des conditions de travail sous un angle néolibéral. La qualité du travail dépend des conditions de travail, a-t-il affirmé. Sous le terme d’innovation, actuellement, on parle de projets, économiquement intéressants, qui maximisent les bénéfices, ce qui n’était pas du tout le cas avant dans la fonction publique.

Finances cantonales dénigrées

Daniel Lampart, économiste en chef de l’USS, se penche depuis longtemps sur la problématique des finances publiques. Il vient de publier avec Anna Tanner la troisième adaptation du dossier USS sur les finances cantonales. Son résumé: les finances cantonales sont systématiquement dénigrées, ce qui amène des décisions telles que des paquets d’économie, qui touchent alors le service public en première ligne. Lampart a mis en garde sur le fait que, « sans pression syndicale, la politique budgétaire austère va perdurer ».

Les coûts de la santé

Anna Sax, économiste de la santé, a expliqué que l’explosion des coûts de la santé est un mythe, lorsque l’on compare les chiffres avec le PIB. Les primes maladie par contre ont elles vraiment «explosé», puisqu’on économise du côté public (au niveau cantonal), et cela a des conséquences surtout sur les travailleurs gagnant peu, puisque les primes ne sont pas dépendantes du revenu.

C’est Daniel Münger qui a résumé la situation à la Poste, en l’absence du président de syndicom Alain Carrupt, excusé. Le service public postal est en danger, les prestations ne couvrent plus l’entier du territoire national et les personnes âgées en particulier sont prétéritées par la numérisation à tout va.

L’administration publique est également dans une mauvaise situation: bien que le pourcentage d’employés d’Etat est le plus bas d’Europe, on entend fulminer contre un surplus d’Etat. Les attaques sur les conditions de travail mettent la qualité de vie suisse en danger, comme l’a expliqué René-Simon Meyer, président de l’APC.

Signification de « service public »

Marko Köthenbürger, professeur du Centre de recherches conjoncturelles de l’EPF Zurich, a entrepris d’expliquer la signification économique du service public. Bien que la Suisse ait un taux d’employés d’Etat bas, le service public est une partie importante de l’activité étatique et d’une qualité remarquable.

Toujours plus de concurrence

Dans la même ligne, Katharina Prelicz-Huber, présidente du SSP, a expliqué que des économies sont entreprises dans le social, sans aucune vision sur les conséquences.

Le regard des politiques

Barbara Egger, PS/BE et Pierre-Yves Maillard, PS/VD, tous deux Conseillers d’Etat, ont expliqué comment ils mettent en œuvre les mesures d’austérité décrétées par leur Parlement cantonal ou comment ils essaient de les déjouer ... Tous deux ont été unanimes sur le fait que « gouverner ne signifie pas qu’économiser ». Dans le canton de Berne, on a réussi à développer les transports publics, mais le Parlement a par contre ordonné la privatisation de la psychiatrie. Là, l’Etat peut corriger quelque peu la donne, en demandant une CCT par exemple. Maillard a bien expliqué qu’une majorité au Gouvernement ne suffit pas : « Il faut aussi une majorité au Parlement et au sein de l’opinion publique. » Egger a déclaré, en soupirant, que « le service public est une histoire de solidarité. J’aimerais bien pouvoir parler de développement et pas seulement de suppressions et de démantèlements ».

pan/Hes

Non à l’initiative « En faveur du service public »

Il faut mettre le holà au diktat de l’austérité en ce qui concerne les pouvoirs publics, car il est inutile et économiquement dommageable. Telle est la revendication centrale de la résolution adoptée à l’unanimité par les 150 personnes qui ont participé à la journée sur le service public organisée le vendredi 15 janvier par l’USS et les syndicats SSP, APC, SEV, syndicom et Garanto. Les apôtres de l’austérité sous-estiment la grande importance que revêtent pour l’ensemble de l’économie une administration qui fonctionne bien ainsi que des infrastructures et des services publics de qualité supérieure. Par leur excellence, les services publics contribuent substantiellement au fait qu’en comparaison internationale, la Suisse est en tête de peloton en matière de compétitivité.

Les participant-e-s à la journée des syndicats ont aussi clairement dit non à l’initiative « En faveur du service public ». Avec son intitulé trompeur, cette initiative, qui passera très probablement en votation au mois de juin, menace la compétitivité de la Suisse. Elle veut en effet interdire aux entreprises d’infrastructure que sont les CFF, Swisscom et La Poste de faire des bénéfices. Propriétaire de La Poste et principale actionnaire de Swisscom, dont elle profite des bénéfices, la Confédération finance avec ces derniers d’autres prestations de service public. Cela aussi, l’initiative le lui interdirait à l’avenir.

L’initiative aurait pour conséquences le démantèlement des entreprises liées à la Confédération et la privatisation des secteurs rentables, alors que les secteurs déficitaires devraient être financés par les pouvoirs publics. Autres conséquences: la réduction du personnel et la dégradation des conditions de travail. Et les solides conventions collectives de travail existantes ici seraient perdues. Pour ces raisons, les participant-e-s à la journée des syndicats sur le service public rejettent cette initiative.

USS

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