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Jean-Marie Angéloz, chef de train aux CFF et membre du comité ZPV Léman a manifesté le 19 septembre à Berne

« Nous savons nous mobiliser ! »

Pour Jean-Marie Angéloz, le succès de la manifestation devrait inciter le SEV à se montrer plus combatif.

Grande animation en  gare de Lausanne ce samedi matin 19 septembre. Le quai 1 est bondé d’employés des transports publics actifs et pensionnés. A l’appel du SEV, ils s’apprêtent à marcher sur Berne pour manifester leur colère contre le vol de leurs caisses de retraite. Patrick Schaffner, capitaine à la CGN et président de la section VPT Lac Léman, est entouré par une nombreuse délégation de sa section. La CGN vit des heures difficiles. Les matelots se serrent les coudes plus que jamais. Daniel Turin et Albert Blondel, co-vice-présidents de la section PV Vaud, sont submergés de collègues qui viennent les saluer. Aïssam Echchorfi, conducteur de bus TL, transporte sur ses épaules des dizaines de drapeaux SEV. Claude Gaille, président de la section ZPV Léman, fait hurler la sirène de son mégaphone. Il n’y a pas assez de places assises pour tout le monde dans le train, déjà bien rempli de membres SEV en provenance de Genève. « Sur les 211 membres que compte notre section, nous sommes plus de soixante à aller manifester à Berne, sans compter qu’il y en a plusieurs qui auraient voulu venir mais qui doivent travailler » commente Claude Gaille.

Deux-cents francs en moins par mois

 Arrêt à Palézieux. Le chef de train Jean-Marie Angéloz, membre du comité de la section ZPV Léman, monte dans le train et rejoint ses collègues en tenant par la main sa fille, la ravissante petite Sarah, 5 ans. Il s’installe au hasard à côté de Gilbert Budry, retraité CFF. La conversation démarre au quart de tour, tandis que la petite Sarah sautille dans le couloir devenant rapidement la mascotte de toute la voiture. Gilbert Budry, ancien adjoint du chef de gare de Montreux, juge que la rumeur qui dit que les assurés de la Caisse de pensions CFF sont des privilégiés est  fausse, archifausse. « Nous sommes en retrait par rapport aux caisses de pensions cantonales où bien souvent la cotisation des cantons est supérieure à celle des employés. Sans compter le fait qu’on ne nous verse plus la compensation du renchérissement depuis 2004, ce qui correspond à une perte d’au moins 10% de notre pouvoir d’achat ». Pour Jean-Marie Angéloz, « c’est juste dégueulasse que la Confédération veuille verser 1,1 milliard de francs pour assainir la Caisse de pensions CFF, au lieu des 3,4 milliards qu’elle nous doit ! Le plan d’assainissement de notre Caisse de pensions va me coûter 200 francs par mois. Avec quatre enfants, c’est vite vu, c’est les vacances en moins, déjà que nos vacances c’était pas les Caraïbes. Deux-cents francs en moins par mois, c’est toute ma famille qui va en pâtir ! ».

Les CFF mentent

 Jean-Marie Angéloz regrette « que les cadres CFF ne participent pas à cette manifestation. Pourtant, ils sont autant concernés que nous par la situation de notre Caisse de pensions ». Puis il aborde le problème des agressions. « Nous, nous avons la chance d’avoir un Claude Gaille à la tête de notre section. C’est phénoménal le boulot qu’il abat pour dénoncer les agressions qu’on a tendance à banaliser. Les CFF disent qu’ils font tout ce qu’ils peuvent pour lutter contre ces actes de violence et d’incivilité. Ils mentent ! Dans les trains, nous manquons de personnel ! »

Dans le sillage de Gianni Frizzo

 En gare de Fribourg, les manifestants SEV affluent. Dans le train on se serre comme on peut. La conversation entre Gilbert Budry et Jean-Marie Angéloz se poursuit. « Nous sommes une famille qui compte quatre générations de cheminots et de membres actifs au SEV, raconte Gilbert Budry. Et notre grand-père a participé à la grève de 1918 ! » Tiens, à propos de grève, à la descente du train, en gare de Berne, le hasard a voulu que Jean-Marie Angéloz et sa fille Sarah emboîtent le pas de Gianni Frizzo pour rejoindre la Schützenmatte. En pointant le doigt sur le leader de la grève des Ateliers CFF de Bellinzone, Jean-Marie Angéloz s’exclame : « eux, les Tessinois, nous ont montré comment il faut faire si l’on veut gagner ! »

Ligne syndicale plus dure

Sur la Schützenmatte, sous une pluie battante, 7'000 manifestants écoutent les Tuti, Béguelin et Levrat dénoncer la majorité bourgeoise qui tient le gouvernail de ce pays, généreuse avec les banques et lâche avec ses anciens fonctionnaires. « Quand viennent l’automne et la pluie, c’est toujours les p’tits qui s’mouillent, les gros sont bien à l’abri », les paroles de cette chanson de Michel Bühler sont on ne peut plus de circonstance. En pleine manifestation, Jean-Marie Angéloz croise son beau-père Jean-Claude Corbaz, chef de train pensionné. Clic clac photo de famille et hop, on retourne à la manif scander le slogan « halt, stop, basta » contre l’arnaque des caisses de pensions.

Le soleil chasse la pluie. Les manifestants SEV se dirigent vers la Place fédérale. Jean-Marie Angéloz est satisfait de la manifestation du SEV. « Il y avait beaucoup de monde. Cela montre la volonté des gens de bouger. Nous voulons avancer. Il faut que notre syndicat adopte une ligne plus dure face à la direction des CFF, notamment lors des prochaines négociations pour le renouvellement de la convention collective de travail. Que le SEV ne se cache plus derrière l’excuse qu’on ne peut pas faire de grève parce qu’il n’y a pas assez de monde qui est d’accord de se mobiliser. C’est faux ! Nous savons nous mobiliser ! Les collègues en ont ras-le-bol des pressions de toutes sortes, du manque de personnel, des restructurations, pour recevoir, en fin de compte, une diminution du pouvoir d’achat. »
Alberto Cherubini

Bio

Jean-Marie Angéloz, 38 ans, travaille aux CFF depuis 1988. Il vit avec son épouse Fabienne à Châtel-St-Denis (FR). Le couple a quatre enfants âgés entre sept ans et dix mois. Jean-Marie est membre adjoint du comité de la section ZPV Léman et membre du comité central de sa sous-fédération.

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